Le roman du mois choisi par Jennifer Tamas : “Les Fils du kapokier”, de Jean-Philippe Louis

Une recension de Jennifer Tamas, publié le
Nous sommes heureux de saluer l’arrivée de Jennifer Tamas, nouvelle chroniqueuse de notre rubrique « Le roman du mois ». Elle prend le relais d’Arthur Dreyfus qui a éclairé de sa plume enlevée la littérature contemporaine pendant près de trois ans.

Guadeloupe, fin des années 1990. Tout commence par la mort de Gilles Floro, dont les chansons zouk faisaient de la douceur une manière d’habiter le monde. Mais comment rester doux lorsque tout pousse à prouver sa force ? Comment grandir sans céder à la brutalité ? À Saint-Claude, entre la Soufrière et la mer, deux « timals » [« petits mâles »] que tout semble opposer se choisissent. Anicet aime les mots ; Calixte préfère le silence mais chante pour réparer les cœurs. Leur amitié se tisse au fil des jours, des défis et des blessures, avant de devenir le lieu d’une rivalité où chacun cherche sa place. Entre la fragilité des pères déserteurs, la virilité douce des zoukeurs et cette violence endormie de l’île où ce sont d’abord les femmes fortes qui tiennent les maisons « seins debout », quel modèle de masculinité reste-t-il à réinventer ? Ici, la mort n’est jamais loin. Elle s’annonce à la radio dans les chroniques nécrologiques, rassemble les familles lors des veillées funèbres, traverse les conversations comme les souvenirs. Les disparus accompagnent les vivants autant qu’ils les hantent. Face aux deuils, aux ouragans, aux superstitions et aux malédictions familiales, Anicet et Calixte découvrent que grandir, c’est aussi apprendre à porter les fantômes des autres.

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