“Medusa”, d’Isabelle Sorente : sur les traces de la femme disparue

Une recension de Victorine de Oliveira, publié le

Quelle onde de choc provoque la mort d’une jeune femme de 20 ans, à la fois parmi ses proches et dans le monde ? La dernière pensée d’un disparu infléchit et façonne l’univers qu’il laisse derrière lui, affirme Isabelle Sorente en ouverture de son nouveau roman. Mais comment en deviner ne serait-ce qu’une infime part ? Lorsque Marianne meurt des mains de son petit ami, son frère Liam a la sensation d’avoir manqué quelque chose, de ne peut-être pas si bien connaître celle avec laquelle il pouvait se passer de mots. Il va donc chercher. À l’adolescence, Marianne est de celles qui doutent : pas assez jolie pour faire partie du club des filles à la démarche gracile et triomphante, sûres que le monde ne déroulera devant elles que la plus lisse et parfumée des autoroutes, mais trop intelligente pour accepter qu’on la laisse dans un coin. Pour Marianne, s’ancrer dans l’existence passera donc par l’écriture. Sa première nouvelle écrite après une agression sexuelle, s’intitule Je préfère les monstres aux princesses : à l’âge des métamorphoses, l’écrivaine en herbe se rêve créature étrange plus que papillon, s’intéresse à ce qui pousse dans les marges, pas toujours en pleine lumière. C’est pourtant cette dernière qui l’inspire, celle d’un Sud où les calanques sont cuites de soleil et les pins ont leur propre langage. Où l’on se dit que Marianne pourrait avoir lu Hélène Cixous, qui écrit dans Le Rire de la Méduse qu’« un texte féminin ne peut pas ne pas être plus que subversif : s’il s’écrit, c’est en soulevant, volcanique, la vieille croûte immobilière, porteuse des investissements masculins, et pas autrement ». 

Sur le même sujet




Dialogue
10 min
Alexandre Lacroix

En apparence, leurs trajectoires n’ont rien à voir. Isabelle Sorente recherche la poésie, quand Philippe Corcuff mène des combats politiques. Mais ils ont en commun de s’efforcer de vivre en accord avec leurs idées.



Le fil
1 min
Octave Larmagnac-Matheron

Effacées, oubliées, dédaignées, les femmes ont traversé l’histoire de la philosophie en clandestines. Que reste-t-il de leur pensée ? Des traces, des bribes,…

Isabelle Sorente : les visages de la sorcière

Le fil
1 min

Au-delà de la maladie des corps, la pandémie que nous traversons depuis plus d’un an est aussi la cause de nombreuses souffrances psychiques :…

Marc-Aurèle, par Isabelle Sorente