“Microvoyage”, de Rémy Oudghiri : apologie de la dérive

Une recension de Alexandre Jadin, publié le

Vous n’avez pas encore planché sur le programme de vos vacances ? Rassurez-vous : il n’est point besoin de filer loin pour voyager. Ni de partir longtemps. Ni même de planifier à l’avance. Et encore moins de pister les balises photogéniques agitées par les guides touristiques. À l’instar des haïkus, ces petits poèmes japonais, ce qui est court n’en est pas moins riche, défend Rémy Oudghiri dans un court essai vivifiant sur les « microvoyages ». Il y poursuit sa quête d’instants volés à l’ordinaire commencée dans son précédent ouvrage L’Échappée belle (PUF, 2023). La recette du microvoyage est simple : sortir de chez soi, sans objectif particulier en tête et se laisser aller au gré des découvertes. Car voyager ne consiste pas à « cocher les cases les unes après les autres dans une sorte de vertige du néant » mais relève d’une certaine attitude à rendre présent ce qui nous entoure. Non pas seulement en accordant aux choses ordinaires une attention accrue, mais surtout en se laissant happer par elles. Guidé par les pas des promenades de Rousseau comme par les utopies urbaines de Guy Debord, l’auteur touche au plus juste lorsqu’il convoque le poète suisse Philippe Jaccottet, « exemple parfait de microvoyageur ». « Convaincu qu’il est inutile d’aller loin », Jaccottet ramène de ses promenades des émotions d’autant plus vives qu’il ne cherche pas à s’y attarder : « une attention trop soutenue, à force de nous mobiliser, peut nous empêcher d’être disponible. Il faut être capable d’accueillir cet instant, mais aussi de le laisser s’échapper ». Si l’on passe outre quelques mièvreries – l’auteur promet au microvoyageur le « bonheur » ou le « paradis » –, ce contre-manuel de voyage propose une salutaire apologie de la dérive à l’heure de l’ultraplanification de nos vies. Laissez-vous aller, c’est la meilleure manière de vous guider. 

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