Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
« De la naissance, je ne puis affirmer qu’une chose : “je suis né” », écrivait le philosophe Claude Romano en 1998. Rien à ajouter, vraiment ? Cet ouvrage collectif, qui mêle contributions de philosophes, de sociologues, de psychologues ou encore d’une sage-femme, prend le contre-pied de cette affirmation et propose une exploration polyphonique de la venue au monde – de l’élan prénatal du fœtus aux soins qui suivent l’accouchement. L’entreprise s’inscrit dans la continuité de l’idée de « natalité » que Hannah Arendt opposa à l’obsession séculaire des philosophes pour la mort et éleva au rang de condition de toute activité politique. Mais alors qu’Arendt insistait sur la distinction entre la naissance biologique et la natalité par laquelle l’enfant entre dans le monde des hommes, Naître et Renaître souligne au contraire l’intrication indénouable de la nature et de la culture, du vital et du social, du physique et du psychique, dans le phénomène de la naissance – qui a plus à voir avec le processus qu’avec l’événement ponctuel. « Naître ne suffit pas », répétait ainsi Anne Dufourmantelle, à qui est dédié l’ouvrage : comme l’illustre le cas des enfants sauvages, le nourrisson a besoin de soins continus, aussi bien physiques que spirituels, pour devenir homme et se constituer un « espace de sécurité imaginaire », une intériorité propre. Un processus peut-être à jamais inachevé car, comme le disait la philosophe Maria Zambrano, nous cherchons sans cesse à « finir de naître ».
« J’aurais préféré ne jamais voir le jour… », dit-on dans les moments de grand désespoir. Au-delà de la contradiction logique de cette proposition, on peut se demander si toute vie vaut la peine d’être vécue.
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