“Nexus”, de Yuval Noah Harari : l’information, c’est de la dynamite !

Une recension de Apolline Guillot, publié le

Après avoir narré l’histoire de notre espèce, Harari propose, dans son nouvel opus, de la relire à la lumière de ses réseaux d’information. Moins sexy, à première vue. Pourtant, l’historien parvient à dramatiser les livres de comptes mésopotamiens et les querelles d’interprétation de l’Ancien Testament comme s’il s’agissait de la dernière saison de Game of Thrones. Un constat de départ : alors que nous sommes doués pour emmagasiner de l’information, cela ne nous a pas rendus plus sages au fil des millénaires. Pour lui, c’est un problème de réseau et de pouvoir : « L’humanité acquiert énormément de pouvoir en construisant d’immenses réseaux [d’information] mais la manière dont ces derniers sont conçus les prédispose à un usage déraisonnable de ce pouvoir. » Là où la vision « naïve » de l’information voit en elle la solution à tous les maux – il faudrait seulement la « factchecker », la rendre transparente, la faire circuler, la corriger –, Harari soutient qu’elle est, par nature, ambiguë. N’en déplaisent aux gourous de la Silicon Valley, collecter et partager plus d’information ne nous fait pas tendre vers la vérité et la justice. Il n’y a qu’à se souvenir du rôle joué par la diffusion de la Bible dans les guerres civiles européennes. L’information n’est pas ce tissu de signes bien sages : c’est à la fois la colle qui fait tenir les civilisations et la dynamite qui les fait imploser – elle donne forme au réel.

À grand renfort d’anecdotes, multipliant les effets rhétoriques et frisant parfois le paralogisme, Harari analyse les dilemmes auxquels exposent, depuis toujours, les réseaux d’information. Faut-il faire des listes ou raconter des histoires ? Laisser l’information circuler ou la centraliser ? Corriger ou falsifier ses erreurs ? Les réponses que l’humanité a apportées à ces questions dessinent les contrastes entre différentes civilisations et régimes politiques. Mais Harari ne s’arrête pas là, car « l’histoire n’est pas l’étude du passé : c’est l’étude du changement ». La deuxième et la dernière partie de l’ouvrage interrogent le rôle de l’IA, proposant quelques pistes pour que l’humanité puisse garder la main sur la fabrication de ses récits, mythes, listes, comptes, lois, théories scientifiques… qui font et défont le monde. Car sans cette maîtrise nous risquons l’implosion. 

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