“Peste noire”, de Patrick Boucheron : histoire de la première catastrophe mondiale

Une recension de Philippe Garnier, publié le

Il est des événements qui, en changeant la face du monde, changent aussi le sens du mot « monde » en le globalisant. Les guerres mondiales du XXe siècle en font partie. De même, la grande peste qui se diffuse à partir de 1347 et précipite la fin du Moyen Âge. Pour aborder cette épidémie, dont on estime aujourd’hui qu’elle a emporté 60 % de la population européenne, l’historien Patrick Boucheron mobilise un impressionnant arsenal de savoirs. La peste noire, ou « grande mortalité », est sans doute la pire catastrophe démographique que l’humanité ait connue. Ce livre, tiré d’un cours au Collège de France donné à partir de 2020, au début de l’épidémie de Covid, se donne à lire comme une enquête interdisciplinaire où se croisent l’archéologie funéraire et l’anthropologie, mais aussi la médecine, la microbiologie et les sciences de l’environnement. Inspiré par le courant écologique, Patrick Boucheron prend soin d’inclure dans son enquête sur les vastes espaces contaminés par la peste, depuis la Chine jusqu’aux villes italiennes ou françaises, des acteurs non humains, tels que les rats, les marmottes et les puces, sans oublier le bacille de la peste identifié par Alexandre Yersin à la fin du XIXe siècle.

Cet article est réservé aux abonnés
Sur le même sujet



Article
3 min
Catherine Portevin

S’il y a quelqu’un que l’idée de « la fin de l’histoire » interpelle, c’est bien l’historien. Et si, suggère Patrick Boucheron, nous sortions de notre point de vue uniquement occidental ?