Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Nous avions découvert, dans ces pages, un primo-romancier lors de la dernière rentrée littéraire. Après le vénéneux Prélude à son absence, Robin Josserand récidive, confirmant son sujet de prédilection : l’amour des garçons hermétiques – et la déchéance qui mène cet amour au fracas. Dans Un adolescent amoureux, l’écrivain trentenaire renoue avec sa genèse. Âgé de 17 ans, son personnage révise le bac et s’éprend d’un fétiche impossible. Mi-cancre, mi-icône, abusant du shit, gribouillant des vers de Rimbaud truffés de fautes, celui qu’il surnomme dans son journal Arture (l’objet élu doit être tordu – jusqu’au prénom) devient son obsession. Et le récit amorcé tel un Bonjour tristesse version gay, d’obliquer vers ce désir mimétique si propre à l’adolescence, qui confond « être avec » et « faire comme ». Encore et toujours Monsieur Ripley – mais sans Delon… et au Creusot. Car Josserand encapsule avec exactitude l’immuable langueur tassée entre la coda de l’enfance et le début de l’âge adulte, dans ce décor morose qu’on appelle la province : « Pour moi, c’est l’enfer. L’envers du monde. Nulle part. […] Je me demande comment j’ai pu survivre à tant d’attente. »
Au-delà du premier amour, au-delà de la solitude, de quoi l’obsession d’Arture est-elle le nom ? Le texte dévoile bientôt une seconde question plus tortueuse. Une autre scène. Car l’objet de tous les tourments du narrateur, ainsi que le chante Aznavour, passe le plus clair de son temps aux lits des femmes. Au point d’incarner le mystère de l’hétérosexualité – ce désir qui n’a pas conscience d’être. Comme dans les films de Larry Clark, la balourdise, le déguenillé confinent à l’érotisme. La masturbation ne résout aucune équation, mais écarte un instant la tragédie : « Ça me sauve la vie. Ça remédie au réel. Je bénis ces images. Je bénis pour toujours la pornographie. » Quant aux filles, elles méprisent leur chance : « Si j’étais elles, je ferais jouir les mecs à la chaîne dans la forêt. Ne pas en profiter me paraît criminel. Goûtez donc aux garçons. Vous qui avez tous les droits. » Ne révélons pas où aboutit cette dérive monomane. Disons simplement que le sujet du bac philo tombe à pic : Dépend-il de nous d’être heureux ? Et qu’à la fin du livre, le narrateur passe du je au il. Si ce détail ne délace point ses ténèbres, il convertit un frustré en écrivain. Cela s’appelle : devenir artiste.
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