01_La voie du corps : « La marche ouvre à la profondeur de la simplicité »

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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Il est un exercice de la pensée incarnée mis à portée de tous et, de fait, de plus en plus pratiqué : la marche à pied. Auteur de Marcher, une philosophie, Frédéric Gros nous éclaire sur ce qu’il se passe lorsque nous mettons un pied devant l’autre.

La marche est-elle pour vous un moment privilégié de votre activité de pensée ?

Oui, mais il ne s’agit pas de dire de la marche qu’elle rend intelligent : comme si mettre un pied devant l’autre pouvait faire immédiatement surgir des pensées neuves ou des développements brillants. La position assise demeure évidemment indispensable pour rédiger, écrire, ou corriger. Seulement, il se produit parfois comme un assèchement de la réflexion. Face à ces blocages, la tentation sera alors de délayer, bavarder, répéter. Ou, si vous êtes entouré de livres, d’aller piocher ici et là des morceaux de pensée : combler le vide en allant chercher ce qui a déjà été pensé par d’autres Mais, si vous sortez marcher, vous n’emportez pas votre bibliothèque. Et alors, oui, le mouvement du corps et le simple sentiment d’avancer donnent un élan à la réflexion. Cela ne signifie pas, bien sûr, que l’illumination vient au premier pas. Mais plutôt que vous vous redonnez de l’impulsion. Je ne dis pas que les idées vous viennent, mais des routes se tracent.

 

À quel régime de conscience accède-t-on en marchant ?

Il est impossible, dans la marche, de construire de longues démonstrations, ce que Descartes appelait les « longues chaînes de raison ». Le simple fait d’être dehors, de sentir les qualités de la présence, empêche de rester concentré sur un raisonnement suivi qui suppose la mémoire de l’écriture. En marchant, au contraire, on oublie. Ce qu’on a lu et ce qu’on a appris. Mais, par là même, on est davantage disponible. C’est cette disponibilité qui est précieuse. En marchant, tout redevient possible, tout redevient pensable. Comme le corps dans la marche est exposé aux éléments, l’esprit s’ouvre aux possibilités de penser autre chose et autrement.

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