Portrait

Douguine est-il le “cerveau de Poutine” ?

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Alexandre Dougine, dirigeant du Mouvement eurasien international, lors d’une conférence de presse de l’agence d’information russe RIA Novosti, le 8 juin 2007

Alexandre Dougine, dirigeant du Mouvement eurasien international, lors d’une conférence de presse de l’agence d’information russe RIA Novosti, le 8 juin 2007. © Sputnik/Abacapress.com

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L’idéologue Alexandre Douguine déploie ses idées depuis trois décennies. Par son inspiration occultiste et ses sympathies pour le nazisme, il est infréquentable pour Vladimir Poutine. Mais son impérialisme d’inspiration eurasiatique est devenu le programme du Kremlin. Voici comment.

 

Samedi 20 août au soir, une voiture explose tout près du musée Pouchkine de Zakharovo, en grande banlieue de Moscou, où se déroule le festival Tradition. Sa conductrice, Daria Douguina, 29 ans, est tuée sur le coup. Son père Alexandre Douguine, qui a pris le volant d’un autre véhicule, regarde la voiture se consumer en se tenant la tête à deux mains. Dès le surlendemain, la première chaîne de la télévision russe, qui relaie fidèlement les messages du Kremlin, affirme que le FSB a identifié le coupable : une agente des services spéciaux ukrainiens, proche du Régiment Azov, honni par les autorités russes.

Une certaine Natalia Vovk, arrivée en Russie avec sa fille de 12 ans, aurait vécu durant un mois dans le même immeuble que Daria Douguina. C’est elle qui aurait placé un engin explosif sous sa voiture avant de fuir en voiture en Estonie. Tandis que le président ukrainien et le Régiment Azov nient toute implication dans cet attentat, Vladimir Poutine publie une lettre de condoléances pour regretter l’assassinat d’un jeune « cœur russe ». La rapidité de l’enquête étonne les observateurs. Certains soupçonnent une machination des services russes, afin de justifier des représailles contre l’Ukraine et ses soutiens. Le député russe d’opposition Ilia Ponomarev, en exil en Ukraine, évoque lui l’action d’une mystérieuse Armée nationale républicaine, composée de Russes décidés à combattre le régime poutinien.

En l’absence d’enquête indépendante, on ne saura peut-être jamais qui a tué Daria Douguina. Après avoir attaqué la Crimée durant l’été, l’Ukraine a-t-elle voulu montrer aux Russes qu’elle pouvait frapper jusque dans la capitale russe ? S’agit-il d’une opération des services russes ? D’un crime crapuleux ou d’un règlement de compte entre factions nationalistes rivales ? Cet événement montre en tout cas que la guerre en Ukraine projette dorénavant des métastases très loin du front.

Si l’on a du mal à comprendre qui a commis cet attentat, sa cible n’est pas non plus évidente. Alexandre Douguine, qui aurait dû, selon certains, emprunter cette voiture ? Lui avec sa fille Daria, journaliste partageant pleinement les idées de son père et collaborant avec lui ? Ou Daria seule ? Dans les médias d’État russes on se concentre sur la figure de la jeune fille, présentée comme une correspondante de guerre s’étant récemment rendue dans Marioupol « libérée », comme une chroniqueuse à la télévision et une intellectuelle ayant fait des études de philosophie à l’université de Moscou.

Mais dans le reste du monde, c’est la figure de son père qui passionne. S’il y a de très fortes chances qu’il ait été lui aussi visé, c’est parce qu’il est, depuis des décennies, un des chantres les plus convaincus de la guerre que la Russie mène à l’Ukraine et au monde occidental tout entier. La guerre en Ukraine fait donc des victimes parmi ses « penseurs ». Quelle idéologie précise a-t-elle été frappée ? Certains voient d’abord en lui un éminent néo-eurasiste. D’autres un pur fasciste. Ses deux principales sources d’inspiration sont en réalité le nazisme et l’occultisme. Enfin, quel est le lien entre les idées de Douguine et la stratégie du Kremlin ? Douguine est-il, comme on le dit parfois en Occident, l’éminence grise de Poutine ? Voyons.

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