La mort

3_L’apprivoiser

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Sommeil, prise de drogues, maladies : la vie est faite d’innombrables petites morts… Qui sont autant d’occasions pour se préparer au grand saut.

Vous êtes-vous demandé combien de fois vous êtes déjà mort ? En effet, nous faisons régulièrement des expériences analogues à celle du trépas, où une modification de notre équilibre physiologique est suivie d’une éclipse de conscience : par exemple, lorsque nous nous endormons tous les soirs, ou quand nous subissons une anesthésie générale. Certains sont passés à travers des maladies éprouvantes, des épisodes de coma, des accidents. Les états modifiés de la conscience – ceux qu’on atteint par l’alcool et la drogue, notamment – ont également une dimension morbide. Pour toutes ces raisons, la mort n’est pas complètement hors d’atteinte : il est bien possible qu’il n’y ait qu’une différence de degré, et non de nature, entre ces expériences courantes et le grand saut.

 

Les portes de la perception

Dans un texte de jeunesse écrit en 1929, L’Art et la Mort, Antonin Artaud soutient ainsi que la mort ne nous est pas inconnue : « J’affirme – et je me raccroche à cette idée – que la mort n’est pas hors du domaine de l’esprit, qu’elle est dans de certaines limites connaissable et approchable par une certaine sensibilité. Qui, au sein de certaines angoisses, au fond de quelques rêves, n’a connu la mort comme une sensation brisante et merveilleuse avec quoi rien ne se peut confondre dans l’ordre de l’esprit ? » Et il enchaîne avec ce morceau de bravoure très rare en littérature, une description de l’intérieur du processus : « Il faut avoir connu cette aspirante montée de l’angoisse dont les ondes arrivent sur vous et vous gonflent comme mues par un insupportable soufflet. L’angoisse qui se rapproche et s’éloigne chaque fois plus grosse, chaque fois plus lourde et plus gorgée. C’est le corps lui-même parvenu à la limite de sa distension et qui doit quand même aller plus loin. C’est une sorte de ventouse posée sur l’âme, dont l’âcreté court comme un vitriol jusqu’aux bornes dernières du visible. »

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