2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude

Adapte-toi si tu peux !

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Adapte-toi si tu peux !

© Sylvain Thomas/AFP

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Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Improviser, en quoi est-ce différent de s’adapter ?

Et si la crise n’avait pas seulement créé l’obligation d’improviser mais surtout exacerbé une injonction plus ancienne, celle de devoir s’adapter ? Trois philosophes évaluent cette hypothèse : Barbara Stiegler, Miguel Benasayag et Frédéric Worms. 

 

« Salut, tu vas bien ? » J’ai reçu l’appel inopiné d’une amie, qui travaille dans le milieu du théâtre, alors que je m’apprêtais à commencer cet article. Et elle de répondre à mes amabilités : « Ça va, on s’adapte comme on peut. » À vrai dire, j’ai pensé : « On ne fait que cela depuis mars, s’adapter. » Il a vécu le « Gaulois réfractaire au changement » dont souriait le président en 2018. Nous avons tous dû « encaisser » l’épreuve. À commencer par l’hôpital et ses personnels, qui ont su répondre à l’afflux de patients malgré la pénurie de moyens. Quelle « réactivité » ! Le télétravail est devenu la norme, balayant les suspicions d’oisiveté qui l’entourait. « Agilité », c’est le mot. Les institutions culturelles ont, elles, trouvé le moyen, bon an mal an, de poursuivre leur œuvre à distance, adaptant leurs horaires ou leurs pratiques. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, vantait ainsi un modèle « résilient ». Et dans la vie personnelle aussi, les familles ont réorganisé l’espace domestique, les amis ont imaginé de nouvelles façon de se voir, en jonglant avec les interdits qui changent périodiquement. Bref, on « improvise ». En quelques mois, la stupeur passée, la vie a ainsi repris le dessus. Le choix était darwinien : s’adapter ou mourir. Et nous y étions préparés mentalement. La flexibilité, la souplesse, la résilience, comptent parmi les vertus cardinales de la réussite, fichées dans notre imaginaire collectif comme des mantras contre l’échec. Voici donc la question qui me taraude : la crise a-t-elle fait surgir des ressources insoupçonnées d’inventivité, une capacité exceptionnelle et proprement humaine de répondre adéquatement aux exigences du milieu ? Ou n’a-t-elle fait que révéler et exacerber un certain esprit du temps, notre « adaptabilité » ? 

 

Une illusion néolibérale ?

Pour Barbara Stiegler, le constat est clair. « Derrière la déploration constante de notre supposé retard et derrière l’appel permanent à notre réadaptation », la philosophe pointe « une pensée politique à la fois puissante et structurée, proposant un récit très articulé sur le retard de l’espèce humaine et sur son avenir, dépendant lui-même d’une certaine conception de la vie. » Cette pensée politique a un nom : le néolibéralisme. Qu’on ne s’y trompe pas, il n’est ni le libéralisme classique – faisant primer la liberté sur l’égalité –, ni l’ultra-­libéralisme – qui prône le retrait de l’État. De ce « nouvel impératif politique », Barbara Stiegler fait la généalogie dans son livre Il faut s’adapter (Gallimard, 2019). 

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