Ahmed Harara. L’enthousiasme révolutionnaire

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Cet article est issu du numéro 98 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’être fort ? », en kiosque le 24 mars 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qui incarne la force aujourd’hui ? Nous avons demandé à six penseurs de choisir qui incarne la force aujourd’hui. Du rugbyman aux pirates informatiques en passant par Barack Obama en pleurs, leurs choix bousculent nos idées reçues.

« Mon modèle de force est un jeune Égyptien, Ahmed Harara. Ce n’est pas son vrai nom. En arabe, harara signifie “chaleur”. C’est pour son enthousiasme qu’on l’a surnommé ainsi. Avant la révolution, il faisait partie de la classe moyenne aisée. Il avait fait d’excellentes études et était devenu dentiste. Il possédait un cabinet dans un quartier bourgeois du Caire. La politique ne l’intéressait pas du tout. Il gagnait de l’argent et tout allait bien pour lui. Le premier jour de la révolution, le 25 janvier 2011, il est allé voir ce qui se passait place Tahrir, seulement mû par la curiosité. Il a alors découvert la lutte pour la liberté de millions d’Égyptiens. Et il s’est senti coupable de vivre dans une bulle. Il a donc décidé de participer et s’est retrouvé aux premiers rangs lors des moments les plus dangereux, lorsque les manifestants faisaient face à la police. Mais il n’avait pas peur. Le vendredi 28 janvier, la police a tué des centaines de manifestants. Ce jour-là, il a perdu l’œil droit à cause d’un tir de la police, après avoir passé plusieurs jours dans le coma. Mais il n’a pas abandonné. Il a inscrit sur son cache “28 janvier”. Et il a continué à participer à la révolution. Quelques mois plus tard, en novembre 2011, il s’est rendu à une nouvelle manifestation pour la démocratie. Il savait que la police tirait et tuait des manifestants. Sa mère a tenté de l’empêcher d’y aller. Mais il a répondu qu’il ne pouvait pas laisser ses camarades. Il est parti. Il a perdu l’autre œil, toujours à cause d’un tir de la police, qui visait volontairement les yeux. Les médecins n’ont rien pu faire. Il a perdu la vue. Il a dû abandonner son cabinet dentaire, sa carrière. Maintenant il s’occupe d’associations de handicapés. Mais il croit toujours à la révolution et milite pour qu’elle aboutisse enfin et que l’on chasse les militaires du pouvoir. Il n’a pas perdu espoir.

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