Cinéma

Alain Guiraudie : “Quand je filme, je cherche à saisir la manière dont le désir circule”

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Alain Guiraudie : “Quand je filme, je cherche à saisir la manière dont le désir circule”

Alain Guiraudie. © Hélène Bamberger

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Alors que sort au cinéma le 16 octobre prochain le merveilleux Miséricorde, imaginé comme un thriller métaphysique au cœur d’un village français, le réalisateur et écrivain Alain Guiraudie revient sur les ressorts de sa création et son obsession : filmer la circulation du désir.



Que mettez-vous derrière le terme “miséricorde” ?

Alain Guiraudie : Est-ce un terme si polysémique ? Je ne mets pas la pitié dans ce mot chrétien, plutôt l’idée du pardon, d’empathie et de compréhension alors que nous sommes devenus de plus en plus « hermétiques » les uns aux autres. Mais je n’aime pas trop avoir à expliquer un titre. J’ai choisi celui-ci parce qu’il coule de source, qu’il résonne chez chacun, pas seulement chez les chrétiens.

 

Comment se manifeste cette culture chrétienne, chez vous ? 

J’ai baigné dans cette tradition. Enfant de chœur, j’allais à la messe sans qu’on me force et j’aimais certains aspects du rituel, comme l’eucharistie, ce rituel anthropophagique consistant à manger le corps du Christ et boire son sang. Je suis désormais athée, agnostique, mais je reste sensible à l’art que la religion a pu susciter et je me plais dans les églises. J’ai été assister à des messes récemment, revoir tout cela de plus près.

“Je mets pas la pitié dans le mot chrétien de ‘miséricorde‘, plutôt l’idée du pardon, d’empathie et de compréhension alors que nous sommes devenus de plus en plus ‘hermétiques’ les uns aux autres”

 

Pour réaliser Miséricorde ?

Non, pas spécifiquement. Tout a commencé dans le quartier de Harlem, à New York. J’y suis allé pour les gospels. Quelques mois plus tard, je m’y suis retrouvé à la messe de minuit, le soir de Noël. Il y avait un rite dans cette église de Harlem, où le prêtre demandait à tout le monde de se prendre la main ou dans les bras, de manifester son empathie, sa sympathie, son affection même. La dimension charnelle de la religion, évidente dans l’iconographie qui présente des corps bien dévêtus et des poses sensuelles, m’est revenue. Je ne me suis souvenu que je n’avais pas voulu être enfant de chœur simplement par amour de Dieu, qui m’est longtemps resté une notion absente et très abstraite. Je n’ai jamais vraiment cru à cette histoire ; j’étais plutôt attiré par l’érotisme et la sensualité de la religion catholique.

 

Un érotisme toujours mêlé de souffrance. 

Bien sûr, il y a le martyre du Christ. La chair est toujours mêlée à la représentation de la souffrance.

 

Que l’expérience érotique soit liée à la mort et au sacré paraît très bataillien. Georges Bataille compte-t-il parmi vos références ?

Je pense souvent à ces mots, au début de L’Érotisme, que j’ai déjà cités à propos de L’Inconnu du lac (2012) : « De l’érotisme, il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusque dans la mort. » Je suis incapable d’expliquer cette phrase qui me parle pourtant énormément. 

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