Biographie

Albert Camus. Un combattant solitaire

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Albert Camus. Un combattant solitaire

© Emmanuel Polanco pour PM

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Cet article est issu du numéro 15 de Philosophie magazine « 15 - hiver 2007 », en kiosque le 06 décembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Nous sommes dans un monde où il faut choisir d’être victime ou bourreau – et rien d’autre », écrit Albert Camus dans la revue Combat. Lui refuse de jouer cette partition. « Ni victimes ni bourreaux » sera son leitmotiv. Dans un entre-deux solitaire, l’écrivain-philosophe, le journaliste, vogue à contre-courant des dogmes qui s’expriment alors. Ce « Français d’Algérie », solidaire de son milieu d’origine, est tendu entre deux rivages, la métropole et la colonie, deux extrêmes, le goût de la vie et la tentation de la mort, « entre oui et non » résume le titre d’une de ses nouvelles. À l’image de ces tensions qui s’enchevêtrent et façonnent son être, la révolte est chez lui sœur de la mesure. Et si cette posture lui vaut des inimitiés, il a la conviction qu’aucune fin ne peut justifier la violence des moyens employés.

L’écrivain algérien Mohamed Dib célébrait en Albert Camus, « ce côté tragique en pleine lumière, ensoleillé ». Né le 7 novembre 1913 à Mondovi, c’est dans le faubourg ouvrier d’Alger où il grandit, dans cet univers mi-ombre mi-soleil, que se dessinent les lignes de force de son œuvre. Entre une mère illettrée, femme de ménage lointaine et silencieuse, un oncle tonnelier, la tuberculose qui lui fait entrevoir l’abîme alors qu’il n’est encore qu’adolescent, les ivresses maritimes et le football, Albert Camus déploie la vitalité qui le caractérise. Folie que ce désir de vivre dans un monde dont il perçoit l’absurdité. Il a théorisé dans son premier essai, Le Mythe de Sisyphe (1942), pendant philosophique de L’Étranger, cette « confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». Son humanisme, que Jean-Paul Sartre juge « austère et sensuel » dans sa chronique nécrologique, prend également forme pendant l’adolescence, au travers d’activités moins cérébrales que -physiques : « Je n’ai connu que dans le sport d’équipe, au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagne les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. » Il insiste : « Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universities. »

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