Analyse

Allocations : la rentrée des classes du paternalisme ?

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Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé

Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. © Xosé Bouzas/Hans Lucas/Hans Lucas via AFP

« On sait bien, si l’on regarde les choses en face, que parfois, il y a des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre qu’à d’autres moments. » Dimanche dernier, les propos de Jean-Michel Blanquer suspectant un usage détourné de la prime de rentrée scolaire ont lancé la polémique. Après la parution de démentis prouvant que « les mois d’août et de septembre sont loin d’être les meilleurs mois de l’année pour le marché du téléviseur », c’est au tour du ministre de la Santé Olivier Véran de s’exprimer sur la question, affirmant à l’inverse du ministre de l’Éducation « n’être pas choqué que ces familles puissent utiliser cette allocation pour payer une facture qui traînait ». Ce débat houleux interroge : l’État ou ses représentants doivent-ils statuer sur l’usage des allocations ?

C’est l’État qui décide : le paternalisme dur

Cette position consiste à imposer à chaque foyer une certaine manière de dépenser l’argent versé par l’État. Dans ce cas, on considère que la prime de rentrée devrait servir uniquement à financer les fournitures scolaires. C’est l’optique actuellement défendue par la députée MoDem Perrine Goulet, qui propose de verser l’allocation de rentrée scolaire sous la forme de bons d’achats à dépenser seulement pour des fournitures scolaires. Cette forme d’ingérence dans l’économie des foyers est typique du paternalisme d’État, défini par le politologue Jean-Marie Donegani comme « une attitude du pouvoir, à la fois bienveillante et autoritaire » qui consiste « à faire le bien d’autrui, éventuellement contre son gré, en lui déniant les capacités cognitives ou morales nécessaires à la poursuite de l’obtention de ce bien ». C’est au nom d’une vision « dure » du paternalisme que l’État oblige les foyers à faire ce qui est jugé meilleur pour eux : en l’occurrence, dépenser la prime de rentrée… uniquement pour la rentrée.

Orienter sans décider : le paternalisme mou

Selon cette optique, les foyers peuvent dépenser leur argent comme ils le souhaitent, mais ils sont plus ou moins orientés dans leurs choix. Ainsi, les allégations de Jean-Michel Blanquer n’interdisent-elles pas l’achat d’un écran plat, mais guident les foyers vers un meilleur usage de cet argent. Cette prise de position correspond à ce que le professeur de philosophie Roberto Merill appelle « le paternalisme mou ». À savoir, un paternalisme « qui estime que l’État peut promouvoir une ou plusieurs conceptions du bien controversées, à condition de le faire par des méthodes non coercitives ». Emmanuel Macron, qui a défendu le ministre de l’Éducation, a indirectement soutenu cette position, affirmant « [qu’il] y a […] des gens qui font les choses comme il faut, et il y a toujours des gens qui [ne] les font pas comme il le faut et qui n’utilisent pas l’argent [pour ce à quoi il est destiné]. » En distribuant ainsi les bons et les mauvais points, le représentant de l’État juge le bien et le mal. Il a, encore ici, son mot à dire sur la morale. 

L’État n’intervient pas : en finir avec le paternalisme ?

Une troisième optique, privilégiée par Olivier Véran, serait de laisser les citoyens dépenser cet argent comme bon leur semble. Ce choix reconnaît à chacun le droit de gérer son budget de manière autonome. La prise de position d’Olivier Véran prend ainsi le contrepied d’un « recours au paternalisme » qui, comme le rappelle Jean-Marie Donegani, « court-circuite la délibération morale du sujet et lui interdit d’être libre, en l’empêchant de devenir l’auteur de sa propre autonomie ». En finir avec le paternalisme, c’est donc tabler sur la perspicacité des parents, reconnaître la capacité de chacun d’eux à décider ce qui est bon pour leurs enfants (ou leur foyer), plutôt que les soupçonner systématiquement de faire un mauvais usage des aides qu’ils reçoivent. Suivant cette optique, on peut renvoyer ceux qui craignent que cet argent soit utilisé pour d’autres fins que pour les dépenses de rentrée à l’étude de la Caisse d’allocations familiales parue en 2014, affirmant que « la quasi-totalité (99%) des bénéficiaires [de l’ARS avait] acheté des fournitures scolaires, et 95% des vêtements ».

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