Cinéma

“Alpha” : la maladie serait-elle plus supportable si elle nous rendait beaux ?

Temps de lecture : 6 min

Les actrices Golshifteh Farahani et Mélissa Boros dans le film "Alpha" de Julia Ducournau, en salles le 20 août 2025. © Diaphana Distribution

Les actrices Golshifteh Farahani et Mélissa Boros dans le film "Alpha" de Julia Ducournau, en salles le 20 août 2025. © Diaphana Distribution

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Dans le film Alpha, de Julia Ducournau, sorti le 20 août, un virus mortel transforme les êtres en des créatures ressemblant à des statues de marbre. La mort serait-elle plus douce si la décrépitude interne aux corps n’était pas aussi synonyme d’enlaidissement à l’extérieur ? 


La salle d’attente de l’hôpital a des murs cafardeux et quelques chaises encore vides. La jeune Alpha (Mélissa Boros) y angoisse sagement, venue faire un test pour s’assurer qu’elle n’a pas été contaminée par le virus décimant une partie de la population. C’est alors que son professeur de français entre dans la salle, accompagné de son petit ami, déjà très malade. Avec sa peau lisse et blanche, sèche comme de la pierre et striée de veines argentées, il s’est comme transformé en marbre vivant. « Si ma mère était là, elle me trouverait beau, glisse le mourant, taquin et intimidant, à l’adolescente. Elle dirait que je ressemble à une statue grecque. » Alpha acquiesce poliment et file se faire prélever. L’homme mourra quelques jours plus tard.

 

Absurdité de la maladie

La maladie serait-elle plus supportable si elle nous rendait beaux ? Telle est l’une des questions étranges posées par Alpha, de Julia Ducournau, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes – la réalisatrice avait reçu la Palme pour Titane en 2021. Le film suit la mère d’Alpha (Golshifteh Farahani, personnage sans prénom), médecin, contrainte d’héberger l’un de ses frères, Amin (Tahar Rahim), atteint du mal et devenu un drogué sévère. Le corps de cet homme n’est plus qu’un squelette piqué de seringues, effroyable silhouette qui n’est pas sans évoquer certains malades du sida, au tournant des années 1980-1990, époque où se situe l’action du film. Lors de la projection, la cinéaste, présente dans la salle, confie avoir voulu faire revivre ces « fantômes » et leur rendre hommage. 

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