Cinéma

“Alter Ego” : faut-il croire à "la meilleure version de nous-mêmes" ?

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“Alter Ego” : faut-il croire à "la meilleure version de nous-mêmes" ?

Laurent Lafitte dans “Alter Ego” (Nicolas et Bruno, 2026). © Tandem Films

Nicolas et Bruno seraient-ils obsédés par le dédoublement de personnalité ? Presque vingt ans après La Personne aux deux personnes, le duo sort Alter Ego, une satire située dans l’hilarant « univers Cogip » où le protagoniste doit à nouveau composer avec la proximité envahissante d’un autre. Cauchemar : cet autre, c’est lui-même… mais en mieux !


 

« Si vous deviez tomber nez-à-nez avec votre sosie, comment réagiriez-vous ? Dans Alter Ego, Alex Floutard (Laurent Lafitte) fait cette expérience improbable de rencontrer son double parfait. D’abord saugrenue, la rencontre vire au cauchemar, car son double emménage... dans la maison mitoyenne de la sienne. Argh ! Le pauvre Alex n’a pas seulement une version non-chauve de lui-même à portée de regard, il doit côtoyer sa version idéale, comme augmentée : Axel Chambon fait tout parfaitement, avec sa mèche parfaite, sa femme parfaite, ses loisirs parfaits, son job parfait (à la Cogip, comme Alex !).

Le piège de la comparaison

La comédie de Nicolas et Bruno, scénaristes du bizarre et déjà auteurs de La Personne aux deux personnes (2008), pousse l’absurde encore plus loin puisqu’ils imaginent qu’Alex est le seul à se rendre compte qu’Axel est son sosie. Tout le monde n’y voit que du feu, à commencer par sa femme Nathalie (Blanche Gardin), qui pense que son mari nage en plein délire – mais n’a de cesse de louer les qualités de son nouveau voisin... Dans un film normal, on se demanderait : Alex est-il fou ? L’enjeu ici est différent. Par cette métaphore surréaliste du sosie-en-mieux, donnant lieu à des dialogues et des situations hilarantes, les réalisateurs questionnent l’obsession contemporaine de se comparer aux autres. Obsession futile, nourrie par les réseaux sociaux et une idéologie néocapitaliste qui valorise la concurrence entre individus.

Pour vivre heureux, vivons détachés

Et si l’on écoutait Hume, à la place ? D’après ce philosophe empiriste écossais, le Moi n’existe pas : notre identité est composée d’états intérieurs successifs, qui ne forment pas une substance figée, cohérente, que l’on pourrait évaluer ou améliorer : “L’esprit est une sorte de théâtre où diverses perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, se perdent, et se mêlent en une variété infinie de positions et de situations.” Le malheur vient de ce que nous pensons notre Moi comme un matériau dense, façonnable, qu’il serait loisible de confectionner à la manière d’un sculpteur. Ne soyons pas si sérieux ! Tel est le doux paradoxe qu’enseigne Alter Ego : pour bien s’aimer soi-même, mieux vaut ne pas trop s’accorder d’importance. »

 

Alter Ego, film français de Nicolas et Bruno. Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize... Actuellement en salles.

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