Enquête

Croire aux extraterrestres, Un pari pascALIEN ?

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Croire aux extraterrestres, Un pari pascALIEN ?

 © SPL / sciencephoto.fr

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Cet article est issu du numéro 150 de Philosophie magazine « Pourquoi on s’énerve ? », en kiosque le 03 juin 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’idée a beau faire sourire, on la retrouve au cinéma, dans les médias, au cours d’une discussion... Mais qu’implique le fait de croire – ou pas – à la possibilité d’une vie intelligente extraterrestre ? Entre le scepticisme des uns et la ferveur des autres, les enjeux philosophiques sont de taille.

 

En 1584, l’idée d’une infinité de mondes comme le nôtre dans un univers infini passait encore ; mais de là à soutenir que la gloire de Dieu y était forcément célébrée aussi, la Terre et ses habitants offrant une cour bien trop modeste pour un si grand souverain, c’était jouer avec le feu – et ce au sens propre, pour le frère dominicain Giordano Bruno, auteur cette année-là de De l’infini, de l’univers et des mondes et qui sera condamné au bûcher par l’Église pour sa cosmologie jugée blasphématoire. 

Le Vatican a depuis revu sa copie, se disant non seulement ouvert à l’existence d’extraterrestres mais – fidèle au poste ! – aussi prêt à les baptiser s’il le faut... Cependant, ailleurs, la controverse continue, avec, d’un côté, des autorités politiques et scientifiques gardiennes d’une incrédulité orthodoxe et, de l’autre – dans le rôle des hérétiques d’antan –, quelques chercheurs rebelles du mouvement dit « Seti » (Search for Extraterrestrial Intelligence, « recherche de l’intelligence extraterrestre »). 

Trente ans après l’annulation d’un projet similaire de la Nasa par le Congrès américain, ces derniers continuent, en effet, de sonder l’espace, désormais aidés par des investisseurs privés, dans l’espoir de détecter des ondes radio ou autres « technosignatures » pouvant émaner d’une autre civilisation. Ainsi, le projet Breakthrough Listen, lancé en 2015 par le milliardaire israélo-russe Iouri Milner, a permis de mettre « sur écoute » des milliers d’étoiles et d’exoplanètes. Mais même avec un fonds de 80 millions d’euros, le plus ambitieux à ce jour, l’effort reste malgré tout marginal lorsqu’on le compare aux autres projets scientifiques d’envergure, comme le Grand collisionneur de hadrons, accélérateur de particules situé sous la frontière franco-­suisse, auquel nos États consacrent plusieurs milliards d’euros chaque année. La revue Nature le dit bien dans cet éditorial marquant cinquante ans de recherche : « La quête d’intelligence extraterrestre s’est toujours tenue aux frontières de l’astronomie conventionnelle » (« Seti at 50 », paru le 16 septembre 2009).

 

« Mais où sont-ils donc ? »

D’où vient cette résistance historique vis-à-vis d’une hypothèse non seulement possible mais lourde de conséquences si elle était avérée ? Celle-ci s’explique en partie par le profil douteux de certains de ses plus fervents adeptes (chasseurs d’ovnis dans le désert du Nevada), l’univers complotiste et truffé de canulars dans lequel ils évoluent, sans oublier l’association inévitable entre l’idée d’une vie extraterrestre et sa représentation parfois grotesque par Hollywood. Il s’y mêle aussi des arguments théoriques, à commencer par le « paradoxe » attribué au prix Nobel de physique Enrico Fermi : vu le nombre probable de planètes comme la nôtre et la probabilité que la vie y émerge et évolue, aurait-il lancé lors d’un déjeuner entre collègues en 1950, on aurait dû être contactés il y a longtemps... « Mais où sont-ils donc ? » Nulle part, répondent les sceptiques. Autrement dit, si la vie n’était pas unique à la Terre, le ciel grouillerait de navettes spatiales – si on ne les voit pas, c’est qu’elles n’existent pas.

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Le contrepoint d’Étienne Klein