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Étienne Balibar : trente ans de cosmopolitique
© Éditions La Découverte
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Si la tradition philosophique, depuis l’Antiquité jusqu’à Kant, a considéré le cosmopolitisme comme la conscience d’appartenir à l’ensemble de l’humanité et non pas à sa seule patrie d’origine, la « cosmopolitique » telle que la pense Étienne Balibar invite, elle, à mettre en pratique des droits et libertés communes bafoués, comme l’errance et le droit de l’hospitalité. La notion, au cœur du livre Cosmopolitique. Des frontières à l’espèce humaine (Écrits III) (La Découverte, 2022), désigne cet horizon où chacun sera d’abord un citoyen du monde.
Repenser la politique comme une cosmopolitique, poser l’internationalisme comme une dimension constitutive de la politique elle-même : c’est à cette exigence que se tient solidement Étienne Balibar depuis trente ans. Le troisième volume de ses écrits rédigés depuis le début des années 1990 (dont certains sont inédits) Cosmopolitique. Des frontières à l’espèce humaine permet de prendre la mesure, dans ses variations mêmes, de la dimension pressante et élastique de la politique contemporaine.
En rassemblant des textes consacrés à l’altermondialisation, à la frontière, aux mutations de la guerre, à l’errance, à l’hospitalité et à la santé commune, Balibar propose une cartographie exhaustive d’une question qui se situe au cœur de notre actualité. Une question mise à distance par tous ceux qui, animés par des pulsions nationalistes et identitaires, ne veulent pas admettre l’horizon d’une révolution cosmopolitique où tous les êtres humains seraient détenteurs des mêmes droits, de libertés égales, par-delà les frontières. Comme si ce vieux principe humaniste selon lequel chaque citoyen est d’abord et avant tout citoyen du monde, par-delà ses ancrages locaux, résistait à un air du temps enclin à la fermeture.
Toute politique aujourd’hui est cosmopolitique
Largement discutée dans le champ de la philosophie depuis des décennies (Ulrich Beck, Jürgen Habermas, Jacques Derrida, Mireille Delmas-Marty...), voire des siècles (Diogène, Sénèque, Voltaire, Kant, Fichte…), la cosmopolitique trouve dans l’œuvre de Balibar l’espace le plus abouti et le plus ambitieux de sa théorisation contemporaine. Selon lui, « on ne pensera et on n’agira pas politiquement si on l’oublie ou si on la néglige ». Cette nécessité d’élever le concept de la politique à la hauteur des effets de la mondialisation invite d’abord à dépasser la thématique classique du cosmopolitisme, qui désigne la conscience d’appartenir à l’ensemble de l’humanité et non pas à sa seule patrie d’origine.