Cahier central
Michel Terestchenko : “Hannah Arendt ouvre un espace politique dans lequel seule la liberté humaine peut se réaliser”
Hannah Arendt © Fred Stein Archive / adoc-photos - Illustration © William L. pour PM
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Cet article est issu du numéro 175 de Philosophie magazine « Y a-t-il des bons et des méchants ? », en kiosque le 30 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Spécialiste de philosophie morale et politique, Michel Terestechenko explique ici, en préface aux extraits de « Le travail, l’œuvre, l’action » (1964) et de « Nous autres réfugiés » (1943) que nous vous proposons de (re)découvrir dans notre nouveau numéro, pourquoi Hannah Arendt est plus actuelle que jamais, qu’il s’agisse de se confronter au sens du travail ou à l’accueil des réfugiés.
« Hannah Arendt ne se présentait pas comme une philosophe, moins encore comme une philosophe de métier. Elle a une manière bien à elle, tout à fait unique, et absolument revendiquée, de penser. Elle est, à bien des égards, une sorte de franc-tireur, et ce n’est pas sans raison que le monde académique, du moins français, a mis longtemps à l’accueillir et à lui accorder une place de premier plan. Or, paradoxalement, cette liberté de pensée n’est pas sans lien avec sa condition de “réfugiée”. Les États-Unis lui ont donné très vite une possibilité d’enseigner dans de prestigieuses universités, à New York ou à Chicago, qu’elle n’aurait probablement pas eue si aisément, son pays d’origine ayant connu un autre destin. L’exil, en ces temps terribles, fut certainement une expérience personnelle pleine d’incertitude et d’angoisse, mais elle offrait également des opportunités que sa personnalité remarquable sut aussitôt saisir. Sa pensée en a-t-elle été marquée ? Certainement par les thèmes sur lesquels elle a tôt travaillé et qui ont donné naissance à son ouvrage majeur sur le totalitarisme, de même que son expérience de la démocratie américaine a nourri nombre de ses réflexions politiques. En même temps, elle est toujours restée très éloignée des grands mouvements qui animaient la philosophie anglo-saxonne de ces années-là, comme le tournant analytique qui accorde aux questions du langage une place essentielle. Hannah Arendt échappe vraiment à toute école.