Hors-série "La puissance des femmes"

Hannah Arendt et la maternité

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 43 de Philosophie magazine « La Puissance des Femmes. Une autre histoire de la pensée », en kiosque le 17 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Hannah Arendt n’était pas féministe. Farouchement indépendante, elle considérait que certaines activités ne convenaient pas aux femmes. Et pourtant, en faisant de la natalité l’origine de la liberté, n’a-t-elle pas érigé une expérience féminine au cœur de la condition humaine ?

 

« Au risque de vous paraître vieux jeu, affirme Hannah Arendt à propos de l’émancipation des femmes, j’ai toujours pensé qu’il existait des activités déterminées qui ne convenaient pas aux femmes, qui ne leur allaient pas, si je puis m’exprimer ainsi. Donner des ordres ne sied pas à une femme et c’est pourquoi elle doit s’efforcer d’éviter de telles situations si toutefois elle tient à conserver ses qualités féminines. » Précisant qu’il était tout à fait envisageable que le métier de philosophe ne soit plus réservé aux hommes, elle ajoutait : « le problème lui-même n’a joué pour moi personnellement aucun rôle. En réalité, j’ai simplement fait ce que j’avais envie de faire. »
 

On aurait bien du mal à inscrire Hannah Arendt, l’une des femmes les plus indépendantes de son temps, dans le cercle des penseurs féministes. Elle se définissait comme une Juive de langue allemande, très tôt attirée par la philosophie mais qui, sous le coup de la montée de l’antisémitisme et du nazisme, avait vu son destin basculer du côté de l’action et de la pensée politique. Dans les années 1930, alors que les revendications féministes se multiplient au sein de la gauche allemande, c’est comme juive qu’elle est amenée à s’engager dans la vie publique – bien qu’elle publie, dès 1933, un article sur le problème de la femme dans le monde contemporain, le seul texte qu’on lui connaisse explicitement consacré à cette question. Et, si elle a toujours noué des relations amoureuses et amicales égalitaires avec les hommes – avec Heidegger, le maître initial et l’amant secret, elle n’a même pas cherché à faire reconnaître la portée de son œuvre. Avec lui, dira-t-elle, « j’ai toujours fait comme si je ne savais pas compter jusqu’à trois ». Bref, tout se passe comme si elle avait éprouvé toute sa vie une réserve, politique et existentielle, quant à la possibilité pour les femmes de s’émanciper entièrement de la domination masculine, invitant celles-ci à cultiver leur singularité plutôt qu’à rivaliser frontalement.

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