Entretien

Alya Aglan : « Nul n'est prédestiné à résister »

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Alya Aglan : « Nul n'est prédestiné à résister »

Alya Aglan ©Francesca Mantovani/Gallimard/opale.photo

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Cet article est issu du Hors-série n°69 de Philosophie magazine « Philosophes résistants », en kiosque le 13 mai 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qu’est-ce qui, lors de l’Occupation, a poussé les résistants à ­ s’engager contre l’ennemi ? Des convictions politiques, religieuses, voire... le hasard ? L’historienne Alya Aglan, spécialiste de la Résistance, nous éclaire sur ces motivations.

Il est facile, lorsqu’on pense à la Seconde Guerre mondiale, de se dire qu’on aurait été résistant. Peut-on savoir comment on aurait agi en de telles circonstances ?

Nul n’est prédestiné à résister. Le réflexe est instinctif, viscéral et même, dans un certain sens, primal. La réaction ne passe pas par la réflexion raisonnée, comme en témoignent les résistants après la guerre. Il était insensé, voire irréaliste, de se battre contre des ennemis beaucoup plus puissants avec des moyens dérisoires : une plume, un dessin humoristique, un tract, un journal clandestin ronéotypé et fabriqué avec les moyens du bord. Rétrospectivement, chacun peut penser choisir le camp résistant. Mais au moment des faits, cette minorité des vaincus ne semblait avoir aucune chance d’inverser le cours des choses tant le rapport de force était en sa défaveur. Avaient-ils tous la claire conscience que la mort était au bout du chemin ? Sans doute ces femmes et ces hommes ordinaires se sont eux-mêmes convaincus que la victoire était inéluctable et digne de tous les sacrifices.

Il n’y a sans doute pas un profil unique de résistant. Diriez-vous pour autant qu’il y a quelque chose de commun entre eux ?

Alya Aglan — La résistance est une histoire de dignité. Ses motivations tiennent à la préservation de valeurs existentielles qu’il faut à tout prix défendre, au risque de perdre la vie. Il faut également être persuadé de se tenir du côté du juste, du vrai, et que l’on peut faire exister, par le verbe, une réalité alternative. Considérer que la défaite et l’occupation ne sont que des événements temporaires, susceptibles d’être renversés, c’est déjà commencer à résister dans un geste utopique et performatif. La résistance est une brèche dans un présent saturé d’impossibles ; elle ouvre des voies qui paraissaient définitivement bloquées. Plusieurs bornes peuvent tenir lieu d’événements déclencheurs : l’entrée des Allemands à Paris ou dans les villes déclarées ouvertes pour éviter leur destruction, la demande d’armistice du 17 juin 1940, l’acceptation de la défaite, la résignation à la disparition de la République, l’évasion du général Giraud, l’opération Torch en Afrique du Nord, l’invasion de la zone sud par la Wehrmacht en novembre 1942, les déclarations alliées, l’instauration du service du travail obligatoire en février 1943, l’installation de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger en novembre 1943, la libération de la Corse... Spontanément apparues, les diverses formes de résistance se sont constamment adaptées aux nécessités du terrain (villes, campagnes, forêts, montagnes) et aux temps de la guerre mondiale : informer, renseigner, saboter, protéger, combattre les armes à la main.

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