Amiens/Afrique de l’Ouest. Nouer l’aiguillette

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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

De la France médiévale à l’Afrique d’aujourd’hui, on attribue toujours cette atteinte à la virilité à un tiers…

Aiguillette : cordonnet ferré à son extrémité qui servait à lacer le haut-de-chausse au pourpoint. « Dénouer l’aiguillette » signifiait « ouvrir sa braguette », et donc « uriner ». Mais alors qu’entend-on par « nouer l’aiguillette » ? Remontons pour cela en 1193. Suite au décès prématuré de sa première femme, Philippe Auguste épouse Isambour du Danemark en la cathédrale d’Amiens. Mais le lendemain, le roi de France, ivre de rage, s’écrie : « Elle m’a noué l’aiguillette ! » Il accuse sa nouvelle épouse de l’avoir rendu impuissant. Au Moyen Âge, l’impuissance masculine est due à l’action malveillante d’un tiers. On attribue « le nouage de l’aiguillette » à la femme jalouse ou à des rivaux. La magie des ligatures et des nœuds est décrite dans le Petit Albert : nouer le pénis d’un loup avec un fil blanc au moment même où la victime répond à son nom. Pour empêcher le mariage, le sorcier effectue le jour des noces des nœuds sur une cordelette. Il dévoie ainsi la messe, marmonnant ses formules et serrant ses nœuds pour éviter le rapprochement des époux ou des amants… Expression de l’amour courtois où une sexualité heureuse ne peut se réaliser que sous le regard d’un tiers.

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