Entretien

André Comte-Sponville : "Je ne crois pas aux idées séparées des mots"

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André Comte-Sponville

André Comte-Sponville. © PUF

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À l’occasion de la sortie de la troisième édition de son Dictionnaire philosophique qui contient 600 nouvelles entrées, le philosophe André Comte-Sponville revient sur l'importance pour lui de définir les concepts et les mots de la philosophie de manière à la fois personnelle et générale. Et il explique pourquoi il a cru utile de compléter cette entreprise de vingt ans dont il promet qu'elle est maintenant enfin achevée.

Votre ambition, dites-vous, est de proposer un Dictionnaire philosophique et non un Dictionnaire de philosophie. Quelle est la différence ? 

André Comte-Sponville : Un dictionnaire de philosophie a la philosophie comme objet, mais qui lui reste en quelque sorte extérieur : c’est une espèce de manuel, qui n’exprime aucune philosophie en particulier (il est philosophiquement neutre, impersonnel, et pour cela souvent ennuyeux). Alors qu’un dictionnaire philosophique, tel celui dont Voltaire donna l’exemple, n’a pas la philosophie pour objet mais pour contenu, et non la philosophie en général (qui n’est qu’une abstraction) mais celle, en particulier, de l’auteur, avec ce que cela suppose de subjectivité et d’engagement. À ceci près toutefois que je me suis imposé la contrainte de donner de vraies définitions, pour chaque concept ou notion en jeu, ce dont Voltaire ne s’embarrassait guère. J’explique d’abord le sens du mot, puis je dis ce que je pense de la chose ! Si bien que mon dictionnaire, en vérité, est à la fois philosophique (j'y expose ma propre pensée) et de philosophie (c’est aussi une introduction à la philosophie en général). Et ce mélange des genres, bien loin de me gêner, n’a cessé tout du long de me porter. Ce que j’ai voulu faire, au fond, c’est un dictionnaire à la première personne : c’est le paradoxe et le charme de l’entreprise.

En plus des définitions de termes « techniques » propres à la philosophie, votre Dictionnaire est assez généraliste puisqu’on y trouve des définitions de mots qui concernent notre quotidien. Cet ouvrage est-il pour vous le prétexte ou l’occasion de promener librement votre regard de philosophe sur toutes les choses qui nous entourent ?

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