“Humour”, par André Comte-Sponville

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“Humour”, par André Comte-Sponville

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En partenariat avec les Presses universitaires de France, Philosophie magazine propose chaque jour une entrée du «Dictionnaire philosophique» d'André Comte-Sponville. Aujourd'hui: « Humour ».

Une forme de comique, mais qui fait rire surtout de ce qui n’est pas drôle. Par exemple, ce condamné à mort qu’évoque Freud, qu’on mène un lundi à l’échafaud : « Voilà une semaine qui commence bien ! », murmure-t‑il. Ou Woody Allen : « Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez de trouver un plombier pendant le week-end ! » Ou encore Pierre Desproges annonçant sa maladie au public : « Plus cancéreux que moi, tu meurs ! » Cela suppose un travail, une élaboration, une création. Ce n’est pas le réel qui est drôle, mais ce qu’on en dit. Non son sens, mais son interprétation – ou son non-sens. Non le plaisir qu’il nous offre, mais celui que nous prenons à constater qu’il n’en propose aucun qui puisse nous satisfaire. Conduite de deuil : nous cherchons un sens ; nous constatons qu’il fait défaut ou se détruit ; nous rions de notre propre déconfiture. Et cela fait comme un triomphe pourtant de l’esprit.

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