“Éducation”, par André Comte-Sponville
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En partenariat avec les Presses universitaires de France, Philosophie magazine propose chaque jour une entrée du «Dictionnaire philosophique» d'André Comte-Sponville. Aujourd'hui: « Éducation ».
C’est transformer un petit d’homme – le même à la naissance, à très peu près, que son ancêtre d’il y a vingt mille ans – en être humain civilisé. Cela suppose qu’on lui transmette, dans la mesure du possible, ce que l’humanité a fait de meilleur ou de plus utile, ou qu’elle juge être tel : certains savoirs et savoir-faire (à commencer par la parole), certaines règles, certaines valeurs, certains idéaux, enfin l’accès à certaines œuvres et la capacité d’en jouir. Il n’y a pas de transmission héréditaire des caractères acquis : on naît homme, ou femme ; on devient humain. La liberté n’est pas donnée d’abord ; elle ne va pas sans raison, ni la raison sans apprentissage : on ne naît pas libre, on le devient. Cela ne va pas sans amour, dans la famille, mais pas non plus sans contraintes. Et encore moins, à l’école, sans travail, sans efforts, sans discipline. Le plaisir ? On n’en a jamais trop. Mais telle n’est pas la principale fonction de l’école, ni même de la famille. L’éducation est presque toute du côté du principe de réalité. Il s’agit non de remplacer l’effort par le plaisir, mais d’aider l’enfant à trouver du plaisir, peu à peu, dans l’effort accepté et maîtrisé. Jouer ? C’est un plaisir nécessaire, utile, formateur. Mais c’est le travail qui est grand, et qui fait grandir. D’ailleurs les enfants jouent à travailler, très tôt, et cela indique assez la direction. L’éducation n’est pas au service des enfants, comme on le dit presque toujours, mais au service des adultes qu’ils veulent et doivent devenir.