Entretien
Lionel Barbe : “Les guerres d’édition sur Wikipédia ne sont pas nouvelles, ni forcément malsaines”
Photomontage PM. © Wikimedia Commons
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La guerre en Ukraine n’a pas seulement lieu sur le terrain. La bataille se livre aussi en ligne, sur l’encyclopédie Wikipédia en particulier. Professeur en sciences de l’information et de la communication, Lionel Barbe a co-dirigé l’ouvrage Wikipédia. Objet de médiation et de transmission des savoirs (Presses universitaires de Paris Nanterre, 2021). Il analyse cette extension numérique des combats.
La Russie affirmait récemment sa volonté de censurer la version russe du site Wikipédia, si l’encyclopédie en ligne ne supprimait pas les “informations inexactes” sur la guerre en Ukraine. Il fallait s’y attendre ?
Lionel Barbe : Cette menace n’a rien d’étonnant. La Russie s’attaque à tous les réseaux d’information qui ne vont pas dans son sens. Or, Wikipédia joue aujourd’hui un rôle d’information absolument majeur. C’est le premier site de la connaissance au niveau mondial. Cela dit, le Kremlin ne pourrait pas directement censurer ni même faire fermer la version russe de Wikipédia dans le monde. L’encyclopédie n’est pas très lourde, elle peut assez facilement être téléchargée. Et elle est résolument décentralisée, contrairement à des réseaux comme Facebook qui doivent en conséquence appliquer des décisions de justice, ce qui les rend plus facilement contrôlables. Ce que pourrait faire Moscou, en revanche, c’est interdire l’accès à cette version en Russie, et en particulier empêcher les Russes d’y participer. Ce qui pose immédiatement un problème au pouvoir : car alors, la version serait essentiellement enrichie par des russophones hors de Russie, globalement peu favorables au régime. Le Kremlin pourrait aussi – ce qui est encore arrivé récemment en Biélorussie – arrêter et emprisonner certains contributeurs du site. La communauté du site s’efforce au maximum d’anonymiser les utilisateurs pour faire face à ces risques, mais ces précautions ne sont pas toujours suffisantes. Elle se défend notamment en créant de nouveaux articles sur ces arrestations.