À lire et écouter
André Comte-Sponville : “L’éternité, c’est quand tout s’arrête et que le présent continue”
André Comte-Sponville, le 9 décembre 2020. © Luc Nobout/IP3/Maxppp
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André Comte-Sponville nous a accordé un magistral entretien sur les relations entre lucidité, bonheur et désespoir, que nous publions dans le dossier du numéro d’été de Philosophie magazine. À l’issue de cet entretien, il y a eu une digression – ou coda – inspirée sur la musique. Nous avons choisi de vous faire découvrir cette conversation à bâtons rompus sur l’écoute musicale ici, sur notre site web, afin de vous donner la possibilité d’écouter directement les morceaux évoqués par l’auteur du Traité du désespoir et de la béatitude (1984-88) et du Plaisir de penser (Vuibert, 2022).
Vous évoquez souvent la musique dans vos livres. Quelles émotions vous procure l’écoute musicale ?
André Comte-Sponville : L’écoute musicale nous offre quelques-uns de nos plus beaux moments de bonheur ou de plaisir. Quand vous vous promenez seul ou avec un ami en forêt, quand vous contemplez un paysage, quand vous écrivez et que les mots viennent facilement, quand vous faites du sport, quand vous faites l’amour, il surgit parfois un moment de conjonction miraculeuse, où vous ne désirez rien d’autre que le pas ou le geste que vous accomplissez, au moment où vous l’accomplissez. Le présent semble alors se suffire à lui-même. Si telle est la définition du bonheur, alors l’écoute de Mozart ou de Schubert permet de vivre de tels moments. « L’attention absolument pure est prière », écrit la philosophe Simone Weil. Athée, je parlerais plutôt de « contemplation » ou de « méditation » que de « prière », mais suis convaincu qu’une extrême attention au présent peut libérer tout à la fois de l’espoir et de la crainte.
Vous venez de citer Mozart et Schubert. Quels sont vos goûts en matière musicale ?