L'oeil et l'esprit

André Malraux / Francisco Goya. Au cœur du désastre

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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le peintre espagnol met à nu la folie humaine et la cruauté. Pour André Malraux, il nous ouvre les yeux sur l’absurdité de la condition humaine.

Les Désastres de la guerre : des corps tirés à hue et à dia par des soldats furieux, un buste sans bras chevauchant un tronc d’arbre, une jonchée de cadavres semblables à des pantins disloqués. Le Trois Mai 1808, du même Francisco Goya : des prisonniers hagards sont massacrés à la chaîne. Sur la série gravée peu de temps après la révolte du peuple espagnol contre les troupes de Napoléon et sur la grande toile peinte en 1814 pour commémorer les débuts sanglants de l’insurrection, dont on fête le bicentenaire, c’est la même horreur, la même nuit sans remède.

Qui, mieux qu’André Malraux, pouvait sentir résonner en lui la grandeur sombre des visions de Goya ? Combattant en Espagne, résistant en France, il a été hanté par l’absurdité de la condition humaine bien avant que Jean-Paul Sartre et Albert Camus ne la placent au centre de leur philosophie. Il sait qu’en ce monde sans Dieu, tout entraîne l’homme vers la souffrance, la déchéance et la mort. Seule solution : se révolter contre ce destin écrasant, agir pour affirmer sa dignité, même si on se sait vaincu d’avance.

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