Andrea Stocco: “Je suis la première personne au monde à avoir reçu un ordre d’un autre cerveau et à y avoir obéi sans savoir que je le faisais ni quand je le faisais”
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 131 de Philosophie magazine « Quand est-on soi-même ? », en kiosque le 04 juillet 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Face aux inquiétudes de Slavoj Žižek, Andrea Stocco, l’un des concepteurs de la première interface non invasive de « collaboration » entre plusieurs cerveaux, se montre plus enthousiaste. Pour lui, la perspective de connecter entre eux des millions d’esprits ne fait qu’élargir les modes de communication humaine. Vertigineux !
Vous avez participé à l’expérience BrainNet, qui a mis en place la première interface reliant directement plusieurs cerveaux humains. En quoi consiste-telle ?
Andrea Stocco : Grâce à une interface non invasive combinant un encéphalogramme et un outil de stimulation magnétique, nous avons connecté trois individus pour qu’ils collaborent, sans se parler, au jeu Tetris, au cours duquel des formes géométriques distinctes tombent du haut d’un écran et doivent être positionnées dans le bon sens pour pouvoir s’assembler. Celui qui prenait la décision de bouger les formes dans tel ou tel sens (le « receveur ») ne voyait que le haut de l’écran et devait se fier aux recommandations des deux autres (les « envoyeurs »). Les sujets pouvaient interagir rien qu’en pensant ou en prêtant attention à certaines parties de l’écran, et leurs messages étaient traduits en signes visuels dans le cerveau des autres. Or les participants se sont montrés capables de collaborer par le biais de cette interface mais aussi de décrypter les messages parfois contradictoires qu’ils recevaient pour savoir à quel joueur faire confiance.
Selon vous, le succès de cette expérience ouvre la possibilité d’un « réseau social de cerveaux connectés ». Combien de personnes pourraient y être connectées ?
La limite ne dépend que de la technologie. Dans notre expérience, ils étaient trois. Mais le logiciel que nous avons conçu est parfaitement adaptable. Ils auraient pu être trois mille ou trois millions !