Parmi les classiques

Au fond de la caverne

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Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi Platon met-il en scène cette étrange histoire que l’on a pris coutume d’appeler l’allégorie de la caverne ?

 

Pour le dire en un mot, ce fameux texte de La République, si décisif dans le développement de la métaphysique occidentale, suggère que ce que nous tenons pour réel n’est qu’un fantôme de réalité : un pâle reflet de celle-ci, tout comme les âmes des morts, qui, pour les anciens Grecs, peuplent justement le monde souterrain, ne sont que l’ombre du vivant qu’elles furent.

Notre condition pourrait donc être comparée à celles de prisonniers enchaînés depuis toujours au fond d’une grotte, auxquels on aurait fait croire que les ombres projetées sur le mur devant lequel ils sont enchaînés sont la réalité même. Les ombres que les prisonniers s’évertuent à déchiffrer ne sont pas même celles des choses que l’on peut voir à l’extérieur de l’antre caverneux : ce ne sont que les ombres d’objets qui sont eux-mêmes des répliques – des statues transportées par des hommes derrière un mur, imitations en bois ou en pierre des choses du dehors –, et la lumière qui projette leur silhouette n’est pas non plus celle du soleil qui brille à l’extérieur, mais celle, blafarde, d’un simple feu allumé pour l’occasion, à l’intérieur de la caverne. Bref, rien de ce qui se projette sous nos yeux ne provient directement de l’extérieur. Nous sommes radicalement coupés de la réalité.

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