Dossier / “Qu'est-ce qu’un rapport sain à l’argent ?”

Aymeric Monville : “Pour Marx, l’argent ‘métamorphose’ les capacités humaines”

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Aymeric Monville : “Pour Marx, l’argent ‘métamorphose’ les capacités humaines”

Karl Marx. D'après © John Jabez Edwin Mayal / Domaine Public

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Cet article est issu du numéro 186 de Philosophie magazine « Qu'est-ce qu’un rapport sain à l’argent ? », en kiosque le 16 janvier 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Afin de poursuivre la réflexion de notre dossier, nous avons sélectionné des extraits des Manuscrits de 1844 (à retrouver dans le cahier central de notre numéro chez votre marchand de journaux) de Karl Marx, accompagnés d'une préface du philosophe Aymeric Monville que nous vous présentons ici. 

 

« Dans les Manuscrits de 1844, que Marx écrit dans sa jeunesse, il explore les conséquences de l’économie capitaliste sur les relations humaines et la nature de l’existence humaine. La partie III, consacrée à l’argent, s’inscrit dans cette réflexion critique et propose une analyse approfondie de la fonction sociale de l’argent, de ses effets d’aliénation et de son rôle dans les rapports sociaux. Cette section révèle à la fois les influences philosophiques de Marx – notamment Hegel, Feuerbach et les économistes classiques – et son cheminement vers une critique proprement matérialiste. L’un des principaux arguments de Marx dans cette partie est que l’argent agit comme un “pouvoir universel” qui transforme les qualités et les relations humaines. En se référant à des formules empruntées à l’économie politique et à des images tirées des classiques de la littérature, Marx décrit l’argent comme une entité qui s’immisce dans toutes les interactions sociales. Il confère des capacités à ceux qui en possèdent et prive ceux qui en manquent de leurs qualités propres. L’argent permet ainsi à une personne d’“être” quelque chose qu’elle n’est pas directement, en lui offrant des moyens extérieurs d’existence.

Marx affirme que l’argent “métamorphose” les capacités humaines. Par exemple, une personne dépourvue de talent artistique peut acquérir une œuvre d’art grâce à l’argent et ainsi “posséder” une qualité qu’elle ne possède pas intrinsèquement. L’argent agit donc comme un médiateur aléatoire et arbitraire entre les hommes et leurs besoins, érigeant une barrière entre eux et leur essence propre. Il écrit : “Pour moi, l’argent c’est l’autre homme”, pour souligner le rôle aliénant de l’argent dans les relations sociales. L’argent, dans sa fonction de médiateur universel, s’interpose entre les individus et leurs besoins ou aspirations. Il permet de posséder indirectement des qualités ou des choses qu’on ne peut pas obtenir directement par ses propres capacités ou relations. Par conséquent, il représente une extension du pouvoir ou des capacités d’autres individus sur nous-mêmes. L’argent devient ainsi une entité qui incarne les forces sociales extérieures, y compris celles des autres hommes. En d’autres termes, ce que nous pouvons obtenir ou réaliser ne dépend plus de nos qualités intrinsèques ou de relations humaines directes, mais de la quantité d’argent que nous possédons et donc du pouvoir économique que d’autres ont exercé pour produire ces richesses. L’argent agit comme le miroir de cette dépendance vis-à-vis de “l’autre”, réifiant et marchandisant les relations humaines.

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