Barbapapa. L’éternité ectoplastique

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 93 de Philosophie magazine « Être ou avoir ? », en kiosque le 24 septembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis quarante ans, le monde a changé, mais pas ces personnages transformistes. Quel est le secret de leur popularité, jamais démentie ? La réponse n’est pas barbante.

À la différence d’Albator, de Goldorak ou de Chantal Goya – qui ne sont à la mode que parce qu’ils sont passés de mode –, les Barbapapa ne sont, à aucun moment, tombés dans l’oubli. Qu’y a-t-il de commun aux enfants d’hier et d’aujourd’hui pour expliquer cette longue jouvence ? À quoi, puisque ce n’est pas la nostalgie, les Barbapapa doivent-ils la constance de leur popularité ?

Au côté visionnaire d’une famille écolo, qui inverse les genres (le père est rose, la mère est noire) et résiste aux machines ? Peut-être. Mais s’il ne s’agissait que de ça, les Barbapapa ne seraient que modernes, or ils (elles ?) sont éternel(le)s.

À leur plasticité ? Plus sûrement. Tout comme le plastique résiste mieux que le marbre à certains acides, le frégolisme des Barbapapa leur permet de devancer et d’épouser les mutations de la société. Qui peut le mieux peut le moins : aux êtres qui savent déjà se transformer en hélicoptère, en théière ou en télescope, il est aisé de ressembler à un iPad ou à une perche à selfie. Personne, par définition (fût-ce celui qui retourne sa veste au bon moment), ne parvient mieux qu’un tel ectoplasme à adopter indéfiniment les caracté­ristiques favorables à la survie de son espèce. Si les Barbapapa traversent les décennies sans prendre une ride, c’est qu’ils changent (de forme, sinon d’avis) : entre métal et caoutchouc, les Barbapapa sont le Talleyrand du dessin pour enfants.

Cet article est réservé aux abonnés