Entretien

Catherine Malabou : “La mutation nous invite à penser la manière dont ces virus sont en train de nous transformer”

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Catherine Malabou en 2014

Catherine Malabou en 2014. © Richard Dumas/Agence VU

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Spécialiste de Hegel, Catherine Malabou a développé le concept de « plasticité » selon lequel c’est en se transformant qu’un être se maintient. Les récentes mutations du Covid-19 identifiées en Afrique du Sud et au Royaume-Uni semblent répondre de la même logique. Selon elle, nous subissons la plasticité du virus qui nous met face à un défi politique inédit.

 

De nouvelles souches du Covid-19 ont été découvertes au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. Qu’est-ce qu’une mutation pour un virus ? 

Catherine Malabou : Une mutation est une modification, une altération de l’information génétique contenue dans le génome d’un virus ou d’une cellule. Lorsqu’un virus entre dans un organisme, il se reproduit dans les cellules et crée des copies de son appareil génétique. Or il arrive que des anomalies surviennent dans ce processus de réplication, et ce sont ces anomalies qui sont à l’origine des mutations. Ces mutations sont aléatoires. On sait que des facteurs humains ont favorisé l’émergence du Covid : ce sont les marchés d’animaux notamment, qui ont permis le développement du virus par le rapprochement entre différentes espèces. Mais, après cela, la vie du virus devient autonome. Les mutations qu’on observe aujourd’hui au Royaume-Uni et en Afrique du Sud ne sont pas liées à un facteur environnemental mais au hasard. 

 

La mutation du virus est-elle un phénomène continu ou parlons-nous de mutation lorsque nous arrivons à des effets de seuil ?

Les deux à la fois ! Il faut d’abord bien voir que la mutation est l’un des principes mêmes du vivant, c’est une dimension essentielle de l’évolution. Tous les organismes mutent, et pas seulement les virus ! Donc la mutation est un phénomène continu, inscrit dans le temps long de l’évolution. Les anomalies dans le processus de réplication se produisent en permanence. La plupart du temps, les mutations opèrent sur des durées très longues. Mais parfois surgissent des ruptures. Lorsqu’elles s’intensifient, il peut alors y avoir un effet de seuil. Le Covid, par exemple, évolue actuellement à une allure rapide. On estime qu’il mute environ toutes les six heures. Toutefois, on ne parle de mutation que lorsqu’il mute d’une façon telle qu’il constitue une nouvelle souche et exige une nouvelle approche thérapeutique. Une mutation virale devient un problème politique et sanitaire lorsqu’on en voit des effets perceptibles. La contagiosité de la nouvelle souche du virus découverte au Royaume-Uni introduit un nouveau paramètre dans notre façon de gérer l’épidémie. Elle nous nous contraint ainsi à fermer des frontières. Mais on peut aussi très bien imaginer que le rythme de mutation du Covid se ralentisse, et, dans ce cas, le virus pourrait s’apparenter à une grippe ou un rhume hivernal. En effet, les conséquences de la mutation d’un virus sont elles aussi aléatoires. Elles peuvent être avantageuses pour lui, permettre sa survie, mais elles peuvent aussi lui être néfastes.

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