Catherine Malabou. Plastiquer la pensée

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Catherine Malabou a placé le concept de « plasticité » au centre de son œuvre exigeante. Elle se montre curieuse des métamorphoses, s’interrogeant sur les changements de notre cerveau ou les traumatismes.

« Jusque-là, je m’étais effacée en tant que femme dans mon écriture », constate Catherine Malabou, toujours avide de transformations. Dans son nouvel essai, Changer de différence. Le féminin et la question philosophique, la philosophe critique la façon dont le féminin a été nié au sein même de la tradition féministe, de la déconstruction aux Gender Studies [études américaines sur le genre]  : « la violence anti-essentialiste et la violence déconstructrice semblent marcher main dans la main pour vider la femme d’elle-même, l’éventrer en quelque sorte », écrit Catherine Malabou. Elle confie sans tarder son incapacité à ne pas se penser comme une femme, à neutraliser son visage et son ventre féminins, maternels. Ce qui intéresse par-dessus tout la chercheuse, c’est ce que peut signifier le fait d’être une femme philosophe. Et, sur ce plan, la violence est tout aussi intense, voire explosive : « La philosophie est le tombeau de la femme. Elle ne lui accorde aucune place, aucun lieu, ne lui donne rien à conquérir. »

Est-ce pour déjouer cette misogynie qu’elle a vu le jour dans un berceau plutôt viril ? L’acte de naissance de la vie philosophique de Catherine Malabou, qui enseigne aujourd’hui à Nanterre, et à Buffalo, aux États-Unis, fut sans conteste masculin : une thèse sur Hegel publiée en 1996, L’Avenir de Hegel. Plasticité, temporalité, dialectique, menée sous la direction de Jacques Derrida – avec qui elle a cosigné son deuxième livre en 1999, La Contre-Allée. Pour lire Hegel et se former à la philosophie pure, elle a dû affûter « des lames et des lances conceptuelles tranchantes » en vue de devenir « comme le plus fort des hommes »… Au détour d’une page de Changer de différence, la philosophe déguisée en boxeuse s’en amuse, tenant à partager sa jubilation avec ses sœurs restées au vestiaire : « Je les prends tous sur le ring, me disais-je, je les attends, pas de problème, venez, que l’on discute un peu, que préférez-vous, le syllogisme disjonctif, la déduction immanente dans la Doctrine du concept ou la question de l’essence de la vérité chez Heidegger ? » K.-O.

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