Entretien

Barbara Cassin : “Je ne veux pas m’approprier la ‘cancel culture’ !”

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Barbara Cassin : “Je ne veux pas m’approprier la ‘cancel culture’ !”

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« Cancel culture » (« culture de l’effacement »), « woke », (« éveil, prise de conscience ») « empowerment » (« empouvoirement », « empuissancement », « autonomisation »)… Les nouveaux mots du militantisme contemporains sont des mots anglais, et ils soulèvent tous des enjeux philosophiques. Pourquoi ne les traduit-on pas ? Que signifient-ils qui ne puisse trouver d’équivalent dans la langue française ? Nous avons demandé à la philosophe Barbara Cassin, auteur d’un magistral Dictionnaire des intraduisibles (Seuil, 2004) et qui vient de publier Les Maisons de la sagesse-traduire. Une nouvelle aventure (Bayard, 2021) de se pencher sur chacun d’eux. Elle explique pourquoi elle trouve dans l’« empowerment » un mot performatif qui a une force politique absente dans l’« autonomisation », mais aussi pourquoi elle rejette la force performative de la « cancel culture » dont il est heureux, pour elle, qu’elle ne trouve pas d’équivalent en français. Mais elle s’élève aussi avec vigueur contre la nouvelle carte d’identité française, où contrairement à ce que font les autres pays européens, tous les items seront traduits exclusivement en anglais, ou contre le slogan d’Emmanuel Macron « Choose France », auquel Marine Le Pen a préféré « Choisir la France ».

Contre l’appropriation de la défense du français par l’extrême droite, elle assume la dialectique : « Parler français, c’est parler la langue de la République, qui est elle-même largement polyglotte et plurilingue. » Un entretien revigorant !

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