Nouveau gouvernement

Bastien François : “La politique reste le seul endroit où la conception du pouvoir est totalement centralisée et caporaliste”

Temps de lecture : 7 min

Bastien François : “La politique reste le seul endroit où la conception du pouvoir est totalement centralisée et caporaliste”

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse télévisée au palais de l’Élysée à Paris, le 16 janvier 2024. © Jacques Witt/SIPA

Cet article est réservé aux abonnés.

Un mois et demi. C’est le temps qu’il aura fallu à Emmanuel Macron depuis les législatives pour initier les « échanges » visant à créer un nouveau gouvernement. Le professeur de sciences politiques Bastien François nous éclaire sur les causes profondes et les conséquences politiques de ce « blocage ». Un entretien à lire en parallèle avec le grand dossier « Être démocrate, c'est quoi ? » de notre nouveau numéro, à retrouver dès aujourd'hui chez votre marchand de journaux !


La semaine dernière, La France insoumise [LFI] a menacé d’engager une procédure de destitution contre Emmanuel Macron qui tarde à « prendre acte » du résultat des élections législatives du 30 juin et du 7 juillet. Le président de la République aurait-il dû nommer un Premier ministre, juste après le résultat des urnes ?

Bastien François : La Constitution ne fixe aucun délai pour que le président nomme un Premier ministre, donc il n’y a rien d’anticonstitutionnel dans la démarche d’Emmanuel Macron. En revanche, cette attente est tout de même assez contraire à l’esprit de la Constitution et à la façon dont on a pensé le rôle du président. Rappelons que l’un des pouvoirs les plus importants dont il dispose est précisément… la nomination du Premier ministre. Comment l’expliquer ? La justification de la trêve olympique a de quoi laisser dubitatif, dans la mesure où ce ne sont pas les ministres qui étaient personnellement en charge des jeux, mais les administrations. Emmanuel Macron tarde parce qu’il sait qu’il existera moins sur le plan politique et médiatique une fois que le Premier ministre sera nommé. Depuis les jeux Olympiques, il prend toute la lumière, mais une fois que le gouvernement sera nommé, on s’intéressera à sa composition, à son budget et à la figure du ou de la locataire de Matignon. Quoi qu’il en soit, on va rentrer dans une période de cohabitation, qui laissera donc la place la plus importante au Premier ministre. 

Cet article est réservé aux abonnés