Justice

Nordahl Lelandais : un meurtre sans aveu

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Portrait de Nordahl Lelandais lors de son procès, le 4 mai 2021

Portrait de Nordahl Lelandais lors de son procès, le 4 mai 2021. © Marie Williams/AFP

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« Soulage toi de la vérité. Soulage ton mal. Le mal est fait. Vis ce qui te reste à vivre plus léger. Accident, préméditation. Il n’y a que toi qui le sais », a supplié Nazim, ami de Nordahl Lelandais, à la barre. Cette supplication, que maître Jakubowicz, l’avocat de l’accusé, a salué comme un « moment d’humanité dont l’audience avait bien besoin » révèle une conception de l’aveu comme délivrance. Sans cette expiation, le criminel reste terriblement seul face à sa conscience. Ce sont ces « remords dans l’âme du grand criminel » qu’analyse Henri Bergson dans Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932). Voici donc en trois actes, l’histoire d’un crime bergsonien. 

 

Acte I : effacer l’histoire 

La première tâche du criminel est d’effacer toute trace de son meurtre. C’est à ce méthodique nettoyage des preuves que s’est livré Nordahl Lelandais en éteignant son portable et celui de sa victime, le caporal du 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry Arthur Noyer, dont il a ensuite voulu cacher le corps la nuit du 11 au 12 avril 2017. La froideur maîtrisée de l’ex-maître-chien dans l’armée de terre portait à croire qu’il savait très bien ce qu’il faisait. Cette présence d’esprit a donc été un contre-argument très fort à la thèse de l’accident. « Il était si bien caché ce corps qu’il a passé un printemps complet, un été complet, dans un sous-bois. […] [Lelandais] a donc mis énormément d’énergie à cacher ce corps », a affirmé l’avocate générale du procès. 

Dissimuler le meurtre, c’est faire comme si le crime n’avait pas eu lieu. Selon Bergson, « il ne s’agit pas tant pour [le criminel] d’éviter le châtiment que d’effacer le passé, et de faire comme si le crime n’avait pas été commis. » C’est en effet la prise de connaissance du crime par un tiers qui fait exister l’acte criminel. À l’inverse, « quand personne ne sait qu’une chose est, c’est à peu près comme si elle n’était pas ». En effaçant les preuves, puis en niant les faits, « c’est son crime même que le criminel voudrait annuler ». Ce qui est ni vu ni connu… n’est plus vécu. C’est en tout cas, selon Bergson, le raisonnement du criminel au moment où il tente d’éradiquer toutes les traces de son acte. 

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