Bergson et la chute en plein élan
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 51 de Philosophie magazine « 51 - été 2011 », en kiosque le 30 juin 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
S’étaler de tout son long sur le sol devant des badauds hilares, vous trouvez ça drôle? Henri Bergson, oui. Le philosophe français démonte les ressorts du comique de situation et y voit une introduction du mécanique dans le vivant
Un homme court dans la rue. Pas question de manquer le bus! Il est essoufflé, ses bras sont encombrés de paquets… Le chauffeur du bus ne l’a pas remarqué, ou n’a pas envie de l’attendre. Déjà les portières mécaniques se referment. L’homme va réussir à passer un bras à l’intérieur pour s’imposer. Malheureusement, c’est à cet instant qu’il trébuche sur la bordure du trottoir, dérape et se retrouve par terre, étalé au milieu de ses sacs. Un petit groupe de touristes a suivi la scène. Ils se mettent à rire.
Mais qu’y a-t-il de si risible à voir un homme déraper et se vautrer sur un trottoir? Ou prendre une tarte à la crème en pleine figure? Est-ce par cruauté que l’on se moque des moments de faiblesse et des mésaventures de nos semblables? Le comique de situation, qui joue à plein ici, ne laisse pas d’évoquer les numéros de clowns au cirque, ou les acrobaties des films muets de Buster Keaton et de Charlie Chaplin.