Reportage
Buffylosophie (contre les vampires)
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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Connaissez-vous Buffy, héroïne d’un célèbre feuilleton télé pour ados… et midinettes ? Ne jugez pas trop vite : en juin dernier, la crème de la recherche universitaire a consacré un colloque à cette justicière cathodique. Au menu, conférences sur la jeunesse, les femmes, la violence… et les aventures d’une tueuse de monstres nocturnes.
C’est un casting de choc pour une discussion de cour de récré. Des chercheurs en sciences humaines, dont certaines stars académiques, ont présenté leurs réflexions sur la série américaine Buffy contre les vampires, le 26 juin 2009 à la Cité internationale universitaire de Paris. Ce matin-là, sur les grilles du 47, boulevard Jourdan, la philosophe Sandra Laugier scotche un itinéraire vers ce séminaire consacré à une bimbo blonde du petit écran : il se déroule au fond à gauche, dans la résidence Lucien-Paye. Sur le palier, quelques intervenants sont déjà là. Le philosophe Jocelyn Benoist et l’écrivain Tristan Garcia discutent des coups de pieu et autres prises de taekwondo de l’héroïne ; la sociologue Barbara Olszewska s’assure que l’écran fonctionne bien dans la salle de conférence – elle tient en effet à diffuser les extraits d’un épisode ; le chercheur américain Jeroen Gerrits arrive tout spécialement des États-Unis, où les Buffy studies ont davantage la cote qu’en France.
Cette pom-pom girl sexy se mue en tueuse qui botte les fesses de suceurs de sang deux fois plus gros qu'elle.
Dans le hall d’entrée, deux étudiantes en philosophie parlent aussi de Buffy. Pauline, qui hésite entre le doctorat, l’agrégation et le Capes, connaît mal la série. Mais elle est curieuse de savoir ce qui sera dit de l’adolescence, de l’interdit et de la sexualité, surtout par d’aussi brillants orateurs. « J’ai d’abord cru à un canular quand j’ai vu la liste des noms. Mais c’est bien, ça montre que la philosophie peut parler de tout. » Élodie, doctorante, confesse avoir tous les DVD et vu quinze fois chaque épisode. « C’est une série paradoxale, qui renverse toutes les thèses », affirme-t-elle. Par exemple, « l’héroïne est une lycéenne sexy qui botte les fesses de vampires agressifs et deux fois plus gros qu’elle ». Elle ajoute que la recherche d’un langage dans les dialogues est « très poussée » et qu’il faut fuir à tout prix la version française. Bien vu : tous ces thèmes feront l’objet de savantes interventions dans la journée.