Camille Froidevaux-Metterie, Sandra Laugier. À la recherche d’une autre voix

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Camille Froidevaux-Metterie, Sandra Laugier. À la recherche d’une autre voix

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Cet article est issu du numéro 59 de Philosophie magazine « 59 - mai 2012 », en kiosque le 26 avril 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Après “les femmes sont des hommes comme les autres”, une alternative se fait jour : une éthique au féminin est-elle possible ? Discussion serrée entre Sandra Laugier et Camille Froidevaux-Metterie.

Elles ont sept ans d’écart, c’est peu, mais, à l’échelle de la courte et prolifique histoire du féminisme, c’est une génération. L’aînée, Sandra Laugier, est l’introductrice en France de l’éthique du care, fondée sur les valeurs dites féminines de souci des autres et d’attention au vulnérable, qui se présente comme une alternative morale et politique. La cadette, Camille Froidevaux-Metterie, en réhabilitant la singularité du féminin, se rapproche d’un différentialisme toujours suspect, pour le féminisme, d’être l’outil de l’aliénation.

Toutes deux se heurtent à une même question : comment plaider à la fois la différence et l’égalité ? Et, s’il existe une morale « féminine », comment faire reconnaître son universalité ? C’est sur ces apories que se sont empoignées les deux philosophes.

La hiérarchie implicite entre l’aînée et la cadette, attablées autour d’un café, est vite tombée. Elles se sont opposées sur des formulations (le langage aussi est, en la matière, central) et sur les chemins par lesquels elles parviennent au même constat : la cause des femmes a encore besoin de voix – et peut-être pas seulement féminines – pour se faire entendre. C’est entre autres ce que Camille Froidevaux-Metterie tire d’une enquête qu’elle a effectuée auprès des femmes politiques en France. D’emblée, l’une comme l’autre se sont empressées de détourner la question posée. Pour creuser une autre voie… féminine ?

 

Camille Froidevaux-Metterie : Les femmes sont-elles moralement meilleures ? Voilà bien une question d’homme ! Car elle implique de vouloir se mesurer à l’autre, ce qui ne correspond guère à la posture de modestie que l’on constate empiriquement chez les femmes. De leur point de vue, donc, la réponse serait non. Mais le fait même que les femmes ne raisonnent pas dans les termes d’une évaluation comparatiste tend à montrer qu’elles sont moralement meilleures !

Poser la question sous-jacente d’une morale féminine, c’est postuler la différence hommes-femmes qui permet de repérer une sphère féminine dont il faudrait décrire les attributs. C’est une approche difficile à soutenir aujourd’hui parce que le féminisme universaliste est devenu le prisme d’interprétation de la condition des femmes. Et pourtant, il me paraît nécessaire de repartir à la recherche du féminin, ici et maintenant, chez la femme contemporaine et émancipée.

 

Sandra Laugier : L’idée d’une compétition morale me semble à moi aussi plutôt masculine, mais, en disant cela, on induit qu’il y existerait une morale masculine et une morale féminine, ce qui reste à voir. Cependant, je ne partage pas votre formulation. Partons de la manière dont Carol Gilligan [première théoricienne du care] a énoncé le problème. La morale dominante implicite, partagée par tous et considérée comme universelle, est définie comme la capacité à juger en termes d’impartialité, à agir de façon rationnelle en faisant des choix pesés et à pouvoir universaliser son action. Une morale qui ne tient pas compte des circonstances et des particularités, en somme. C’est une base de la morale, et je ne la conteste pas.

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