Analyse

Travailleurs de la “deuxième ligne” : de Marx à Platon

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En ce début de reconfinement, des livreurs Uber Eats et Deliveroo manifestent contre les pratiques de ces plateformes en cessant leur livraison. Le 30 octobre 2020, une centaine d’entre eux manifestait dans les rues de Toulouse

En ce début de reconfinement, des livreurs Uber Eats et Deliveroo manifestent contre les pratiques de ces plateformes en cessant leur livraison. Le 30 octobre 2020, une centaine d’entre eux manifestait dans les rues de Toulouse. © Adrien Nowak/Hans Lucas/AFP

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Les livreurs, caissières et autres « travailleurs de la deuxième ligne », révélés lors du premier confinement, sont-ils le nouveau prolétariat de notre capitalisme du service en ligne ? Pas seulement, explique le philosophe Denis Maillard, spécialiste du monde du travail. C’est davantage une bataille culturelle qu’un conflit économique qui est ici en jeu, une lutte pour la reconnaissance et la dignité. Et si ces métiers souvent méprisés nécessitaient autant d’intelligence, de sens du contact et d’inventivité que les autres ? Il faudrait alors plutôt se servir de Platon que de Karl Marx.

 

La crise des Gilets jaunes a été la première étape qui a conduit à analyser la conflictualité sociale comme un retour de la lutte des classes en France : c’est l’objet du livre de Jérôme Sainte-Marie, Bloc contre bloc (Le Cerf, 2019). À la lumière d’une relecture de l’ouvrage de Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, l’expert en études d’opinion révèle ce que contenait, selon lui, le mouvement des Gilets jaunes : l’opposition entre un bloc élitaire et un bloc populaire (divisé entre gauche radicale et extrême-droite). La crise du Covid semble avoir confirmé cette analyse puisqu’elle a fait apparaître ce bloc populaire – première et deuxième lignes – comme une véritable classe de services : le back office de la société qui, invisible socialement, œuvre à l’épanouissement d’un autre groupe social diplômé, urbain et disposant à sa guise de son temps et de ses lieux de travail. 

 

“À la différence du prolétariat, dont la destinée était de remplacer la bourgeoisie à l’issue de la Révolution, le back office n’a pas d’autre vocation que de servir au mieux l’autre partie de la société”
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