La voiture, un objet éthique
Matthew Crawford pose devant sa Volkswagen Karmann Ghia de 1970, le 18 février 2021, au bord d’une route californienne. © Frédéric Neema/LAIF-REA
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Contre le rêve des véhicules sans chauffeur et l’automatisation généralisée, le philosophe-mécanicien Matthew Crawford plaide dans son dernier essai, Prendre la route, une philosophie de la conduite (La Découverte, 2021), pour l’humanité automobile capable de se conduire elle-même. Une philosophie à pistons et à vilebrequins.
Avez-vous jamais éprouvé le pur plaisir de conduire ? Il se savoure seul sur une route de campagne un matin d’été comme dans les routines des trajets quotidiens : à cet instant, personne ne sait où vous êtes exactement, vos mains et vos pieds sont actifs, votre attention est requise par la route et le paysage, mais vous éprouvez une liberté de mouvement et de pensée qu’aucune expérience de passager ne peut vous procurer.
C’est la spécificité de la position du conducteur qu’examine le philosophe Matthew B. Crawford dans son éloge de « l’art de conduire ». C’est peu dire qu’il en connaît un rayon, lui qui fit naguère L’Éloge du carburateur (La Découverte, 2010) depuis son atelier de réparation de motos à Richmond en Virginie. C’est donc les mains dans le cambouis, en fondu de pistons et de vilebrequins reconstruisant depuis des années dans son arrière-cour une Coccinelle Volkswagen de 1975, qu’il pense la conduite automobile comme l’essence de l’espèce humaine. Car nous avons non seulement la nécessité de nous déplacer dans l’espace, mais le besoin de le faire par nos propres moyens. Nos pieds en sont un, la bien-nommée automobile motorisée en est un autre. La seconde est sans doute statistiquement plus risquée que les premiers, mais c’est ainsi que nous exerçons notre compétence, notre jugement et notre responsabilité face aux aléas de l’existence.