Toussaint, Halloween, Allerheiligen…
Qu’est-ce qu’un vampire ?
Willem Dafoe incarne Max Schreck, l’acteur de “Nosferatu” (F. Murnau, 1922) dans “L’Ombre du vampire” (E. E. Merhige, 2000). © Everett/Aurimages
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Quel est le point commun entre une personne enterrée vivante, un cruel séducteur et un nécrophile ? Tous ont été, à un moment de l’histoire, considérés comme des vampires. Découvrez pourquoi, à l’occasion de ce 31 octobre.
Comment les vampires évoluent-ils dans notre monde ? D’où viennent-ils, où vont-ils, que font-ils ? C’est à ces questions que se confronte le sociologue Arnaud Esquerre dans Ainsi se meuvent les vampires (Fayard, 2022), une grande histoire du vampirisme sous toutes ses formes, y compris les moins connues et les plus abjectes.
Parcourons ensemble les trois grands visages des vampires mis au jour par cet ouvrage.
Le mort… qui était vivant
À l’origine, le vampire n’était pas un mort mais quelqu’un qui aurait été enfermé dans un cercueil un peu trop précocement. Selon Arnaud Esquerre, c’est l’un des déclencheurs de l’imaginaire des vampires. Tragique erreur de diagnostic ou volonté criminelle de la part d’un proche pressé d’empocher l’héritage ? Les interprétations varient, mais sont prises au sérieux par certains médecins du XVIIIe siècle – tel Jean Janin qui propose des Réflexions sur le triste sort des personnes qui sous une apparence de mort ont été enterrées vivantes (1772). Mourir parce qu’on nous croyait mort : « triste sort », en effet.
Mais l’inquiétude que manifestent les médecins à l’époque concerne aussi la terreur que ressentent les gens face à la vision d’un cadavre (présumé) sortant de son cercueil. Cette image crée une violente angoisse et pose une question fondamentale : comment vivre avec les morts ? Plus précisément, comment faire en sorte qu’ils ne viennent pas perturber, martyriser voire contaminer les vivants ? Pour contrer cette inquiétude, l’on estime au XVIIIe qu’il faut « déplacer les morts pour les éloigner des vivants », explique Esquerre. Ce premier type de vampire apparaît donc comme un mort menaçant et contagieux, potentiellement belliqueux. Il déstabilise l’ordre établi en cassant les frontières entre les vivants et les trépassés, les cadavres en putréfaction et les corps sains, mais aussi entre le cimetière et la ville.