Dossier / “Comment trouver les mots justes ?”
Glissements progressifs vers la justesse : 3 versions d’un texte de Jean-Philippe Toussaint
Jean-Philippe Toussaint. Le commentaire de Jean-Philippe Toussaint « Pour la dernière page de L’Appareil-photo [1989], ce n’est pas l’adjectif “vivant” que j’ai eu du mal à trouver mais le mot “grâce”, sa “fugitive grâce” plutôt que sa fugitive “gaieté”, ‘‘douceur’’,‘‘bonheur’’, ‘‘insouciance’’ et ‘‘légèreté’’. » ©Philippe Matsas/Leextra via opale.photo
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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine « Comment trouver les mots justes ? », en kiosque le 20 août 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Afin que nous puissions nous rendre compte de la manière dont il retravaille ses textes, Jean-Philippe Toussaint a eu la générosité de nous proposer trois versions successives du premier paragraphe de son nouveau roman La Hantise.
Version du 28 février 2025
« Mon père est mort en 2016, l’année du Brexit et de l’élection de Trump aux États-Unis. Plus tard, j’ai pris conscience que sa mort avait marqué pour moi, de façon concrète et privée, la fin d’une époque, celle des grandes illusions européennes humanistes. Le jour de ses obsèques, qui se sont tenues à Bruxelles dans la dernière semaine de ce cruel mois de décembre 2016, j’ai été abordé par un homme qui a fondu littéralement sur moi dans la cour de l’abbaye de la Cambre. C’est comme s’il avait guetté mon arrivée pour être le premier à me présenter ses condoléances. Il semblait bouleversé par la mort de mon père, et je crus qu’il allait me prendre dans ses bras. Je me raidis et fis un pas de côté, reculai instinctivement devant son assaut de compassion. Sur le moment, décontenancé par son apparition, je ne parvins pas à retrouver son nom, alors que je savais très bien qui c’était, je ne connaissais que lui. Van Langenhove, voilà, Luc Van Langenhove. »