Dossier / “Comment trouver les mots justes ?”

Dans l’atelier d’un grand styliste, avec Jean-Philippe Toussaint

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Dans l’atelier d’un grand styliste, avec Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint. Le commentaire de Jean-Philippe Toussaint « Pour la dernière page de L’Appareil-photo [1989], ce n’est pas l’adjectif “vivant” que j’ai eu du mal à trouver mais le mot “grâce”, sa “fugitive grâce” plutôt que sa fugitive “gaieté”, ‘‘douceur’’,‘‘bonheur’’, ‘‘insouciance’’ et ‘‘légèreté’’. »  ©Philippe Matsas/Leextra via opale.photo

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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine « Comment trouver les mots justes ? », en kiosque le 20 août 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Jean-Philippe Toussaint publie en cette rentrée La Hantise, vrai-faux roman d’espionnage qui se lit comme une méditation sur le deuil du père. Nous avons interrogé cet écrivain, considéré comme l’un des meilleurs stylistes actuels, sur sa méthode de travail. 

Stylo ou clavier ?

« Malgré mon âge avancé, je suis un auteur qui n’a quasiment jamais écrit à la main. Ma première tentative, un livre qui n’a pas été publié si ce n’est sur mon site Internet, Échecs, je l’ai déjà faite à la machine à écrire. Je tapais avec deux doigts. Au début des années 1990, j’ai acquis mon premier ordinateur. Puis au début des années 2000, il y a eu cet appareil appelé l’iMac G3, en forme d’œuf. La marque Apple avait choisi un mot très particulier pour désigner la couleur de la coque, le “bleu bondi”. J’ignore où ils sont allés chercher ce nom de couleur, qui m’a toujours fasciné. Quand j’allais travailler à Ostende, il m’est arrivé de prendre un taxi depuis Bruxelles pour transporter mon ordinateur tellement il était lourd et encombrant. Puis sont arrivés les MacBook portables, que j’ai adoptés. Si j’écris directement à l’ordinateur, j’imprime de très nombreuses versions et les annote à la main, au stylo. Parfois, très rarement, pour des passages complexes, j’écris à la main aussi : il y a alors une sorte d’économie du geste, qui fait que je ne perds pas de temps avec des variantes. »

Comme un tournage

« Dans une journée de travail réussie, j’écris de 7 heures jusqu’à 11 heures environ. J’ai rarement plus d’une demi-page. Mais il y a des matinées où tout ce que j’ai fait me semble finalement inutile et où je ne garde rien. Il me faut repartir à zéro le lendemain. Je passe aussi énormément de temps à ne pas travailler du tout, à ne pas écrire. Pour moi, l’écriture d’un roman, c’est un peu comme un tournage de film. Quand un réalisateur tourne un film en neuf semaines, il lui est impossible de laisser passer deux ou trois jours sans rien faire. Si pendant deux jours d’affilée, je suis stérile ou que rien de bien ne vient, je me sens catastrophé. L’autre point commun avec le cinéma, c’est que je ne garde pas toutes les prises. Je fais quatre ou cinq variantes d’une même phrase, mais à l’arrivée je n’en garderai qu’une. »

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3 versions d’un texte de Jean-Philippe Toussaint