Passage à l'acte

L’art de la métamorphose

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L’art de la métamorphose

© Kael T-Block

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

D’abord fille, puis drag-king et enfin garçon, Kael T-Block est devenu photographe pour suivre sa transformation. Ses images montrent les glissements progressifs d’un sexe à l’autre, jusqu’à l’affirmation d’une beauté singulière. Rencontre au-delà des genres.

« J’aurai dix minutes de retard, j’ai une course à faire. » Au téléphone, la voix d’homme est joyeuse. Le voici, dans un café place du Châtelet. Œil brillant, cheveux noirs, Kael T-Block a la désinvolture des beaux gosses qui plaisent aux filles depuis l’adolescence. Il ôte son blouson de cuir ; ses avant-bras, comme ceux des voyous de Jean Genet, sont tatoués de poignards. Difficile à croire que, dans une autre vie, ce gars a été une fille.

« Ma mère a toujours rêvé d’avoir une petite fille », soupire Kael avec un sourire. Ses parents l’ont adopté quand il n’était encore qu’un bébé, une petite fille, donc, d’origine colombienne. Il passe une enfance heureuse en banlieue parisienne. « Enfant, j’imaginais que j’étais un tigre, ou un prince. Cela ne me semblait pas contradictoire avec le fait d’être une fille. Pour autant, je n’avais pas le sentiment d’être un garçon enfermé dans un corps féminin. Juste d’être changeant, fluide. Et puis, à 15 ans, premier chagrin d’amour. » Cet amour, garçon ou fille ? « J’ai toujours aimé les femmes. Elle avait mon âge. Cette première peine d’amour a été terrible. En la perdant, je ne l’avais pas seulement perdue elle. J’avais perdu le sentiment d’être juste, l’authenticité que l’amour avait fait naître. Dans les mois qui ont suivi, j’avais l’impression de n’être plus qu’un masque. La fille qui va en classe, la fille de ses parents. Où se cachait l’être, derrière cette fille de comédie ? »

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