Cinéma
“Orlando, ma biographie politique” : film de genre
“Orlando, ma biographie politique”, de Paul B. Preciado. © Jour 2 fête
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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En revisitant le roman de Viriginia Woolf au cinéma, le philosophe Paul B. Preciado témoigne des combats contre l’assignation de genre et de la possibilité de faire de sa vie une œuvre d’art.
C’est une longue histoire, celle d’Orlando. Dans le roman du même nom, Virginia Woolf retrace la trajectoire d’un noble anglais traversant quatre siècles, qui s’endort et se réveille femme. Tilda Swinton l’a incarné au cinéma. Il reparaît dans ce film (d’abord diffusé sur Arte avant d’être projeté en salle) réalisé par le philosophe Paul B. Preciado, qui érige le héros en personnage conceptuel. Sous ce nom, une vingtaine d’interprètes trans prennent la parole pour raconter leur histoire, convaincus que « toute vie individuelle est une histoire collective ». Car ces parcours « orlandesques », menées par-delà la masculinité et la féminité, témoignent d’un même combat contre l’assignation sociale à un genre et à une sexualité, contre ces « cages » normatives qui relèvent moins de la « nature » que de la fiction politique. Est-il possible de changer de récit ? Dans ce long métrage, qui mêle la fable au documentaire et les témoignages personnels aux extraits littéraires, le réalisateur pratique ainsi l’excentricité comme une discipline d’activiste et un genre de connaissance. « Toi, Virginia, tu as bien compris ça, dit-il en voix off, le plaisir qu’Orlando prend à faire sa transition vient de la décision de s’ouvrir à l’expérimentation, de faire de sa vie une œuvre d’art ». À cette œuvre hybride, ouvertement bricolée, des personnalités ont prêté leur charisme : les photographes Pierre et Gilles ou l’acteur Frédéric Pierrot, qui incarne ici un médecin obtus. Virginie Despentes, elle, délivre finalement en juge de paix par les « pouvoirs que [lui] confèrent Virginia Woolf et la littérature » des passeports vierges de toute inscription de la différence sexuelle.