Santé
Réapprenons à être malades !
© Aleksei Morozov/iStockphoto
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Depuis le début de la pandémie, nous pensons presque exclusivement la maladie sous le prisme du Covid-19 : comme un drame qui met en péril l’existence collective. Nous avons en quelque sorte perdu le sens personnel, intime, de l’« état malade », que nous éprouvions dans les infections bénignes comme le rhume ou la gastro. Ces épidémies saisonnières font leur retour cette année, à la faveur d’un relâchement des gestes-barrière. L’occasion de réapprendre comment être malade, en compagnie de Virginia Woolf ?
Une fièvre légère, un nez qui coule, une petite fatigue, une quinte de toux… depuis le début de la pandémie, nous traquons, avec une inquiétude légitime, le moindre symptôme qui pourrait indiquer l’irruption, en nous, d’un bataillon de coronavirus infectieux. Au moindre signal d’alerte, nous voilà la tête en arrière, un test PCR dans le nez, pour confirmer le diagnostic. Si la contamination est confirmée, l’inquiétude ne faiblit guère, entre les quatre murs de nos espaces d’autoconfinement : même une forme apparemment bénigne peut rapidement dégénérer. Alors, nous guettons les indices d’une dégradation.
C’est ainsi que, depuis des mois, notre rapport à la maladie s’est muée d’expérience privée en un drame quasi public, scénarisé selon une trame collective : l’affrontement entre l’homme et le pathogène microscopique. En témoigne la manière dont s’est créé, en quelque jours, une psychose autour du « rhume de Lille », anodin de l’avis des spécialistes. Nos maladies ne sont plus les nôtres : elles appartiennent à l’histoire commune, à l’événement pandémique. Nous ne parlons plus, ou presque, des autres petits soucis de santé – rhumes, angines, gastro-entérites –, qui connaissent pourtant, avec le relâchement progressif des gestes-barrière, un regain significatif en ce début d’automne. Et si cette reprise des petites épidémies saisonnières était l’occasion de nous réapproprier un rapport personnel, intime, à la maladie – de réapprendre à être malade, à vivre avec la maladie, sans que cette maladie ne soit convertie, immédiatement, en drame ?