Mythologie contemporaine

Halloween, du culte païen à la fête mercantile

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Halloween : d’où / pourquoi / comment ?

Halloween : d’où / pourquoi / comment ? © cwinegarden/iStockphoto

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Aujourd’hui, dans le monde anglo-saxon, c’est la fête de Halloween. Et depuis quelques années, comme désormais la majorité des pays européens, la population française la célèbre elle aussi massivement – tous les 31 octobre. Mais d’où vient au juste cette fête ? Et qu’est-ce qui la distingue de la fête catholique de la Toussaint, que nous célébrons le lendemain ? Éclairage historico-philosophique.

Samhain

Que fête-t-on exactement le jour de Halloween ? L’étymologie du mot, apparu autour de 1745, en donne l’indice : « Halloween » est la contraction de « all saints’ eve » (sous la forme de « all hallow’s eve »), la « veillée de tous les saints », de la Toussaint. La célébration, pourtant, est bien antérieure au christianisme. Dans le monde celte, la première pleine lune de novembre était le point d’orgue du festival de Samhain, l’une des quatre fêtes saisonnières qui jalonnent les grandes transitions du temps annuel cyclique. Samhain marque, en l’occurrence, le passage de l’été à l’hiver, la saison de la mort. La vie exubérante de la nature s’étiole peu à peu, et laisse s’ouvrir une faille entre les mondes : celui des hommes de chair et de sang, et celui des esprits. Traditionnellement, des individus déguisés et masqués se rendaient de demeure en demeure pour collecter des présents à offrir aux aos sí, les esprits – l’origine, sans doute, du fameux « trick-or-treat » anglo-saxon (« des bonbons ou un sort »).

Mais ce sont aussi les morts qui reviennent parmi les vivants sous la forme de fantômes – de spectres impalpables, qui n’appartiennent pas tout à fait au monde terrestre mais qui sont néanmoins capables de se rendre visibles, présents. Le fantôme est, étymologiquement, un phantasma, une apparence vacillante qui trouve à se manifester non dans la lumière crue du jour, mais dans la pénombre de la nuit qui gagne chaque jour du terrain, illuminée seulement de feux de joie et de lanternes que l’on allume pour l’occasion.

La Toussaint

Fête païenne, Samhain ne tarde pas à poser problème à l’Église, qui cherche, tout au long du Moyen Âge, à imposer son monopole sur le surnaturel. La fête est progressivement christianisée, remplacée par d’autres célébrations. Au VIIIe siècle, le pape Grégoire III impose le Ier novembre comme date pour la Toussaint. Se développe, dans la foulée, l’idée d’une commémoration religieuse pour tous les fidèles défunts, et non uniquement les saints. Au XIIIe siècle, le 2 novembre devient ainsi le Jour des morts. La transition ne marque pas seulement le remplacement d’un culte par un autre, elle témoigne d’un changement spirituel profond. Pour le paganisme, les morts ne quittent jamais vraiment les vivants. Il leur arrive, en certaines occasions, d’errer sur Terre. Pour le christianisme, au contraire, la mort est une rupture définitive qui ne pourra être surmontée que par un miracle – la résurrection des corps – et non en vertu d’un cycle naturel. La Toussaint et le Jour des morts substituent, à l’idée d’un retour des défunts ici même, un rapport beaucoup plus distant, celui de la prière.

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